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Thème 1 : De nouveaux espaces de conquête : les océans et l'espace

12 Septembre 2021 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques Publié dans #Term HGGSP

Mars 2021 : 3 sous marins nucléaires russes percent la glace en Arctique. La Russie affiche ses prétentions sur cet espace

Mars 2021 : 3 sous marins nucléaires russes percent la glace en Arctique. La Russie affiche ses prétentions sur cet espace

Introduction : océan et espace, quelles spécificités ?

Les termes du sujet :

Océan : grande étendue d’eau salée couvrant 71% de la surface terrestre, encerclant les continents et les archipels. Le fond des océans est constitué de plaines (3000-5000m de profondeur), de chaines de montagnes océaniques (les dorsales) et de fosses (jusqu’à 11000m de profondeur).

L’espace : partie de l’univers au-delà de l’atmosphère. Par convention, la limite est fixée à 100km d’altitude.

 

1) Cet article, publié le 18 septembre 2020 dans la revue spécialisée Conflits, a été écrit par Pierre Royer, un enseignant spécialiste de géopolitique. Cet article met en parallèle l’espace et les océans –la 3e dimension-  en soulignant leurs spécificités et les enjeux de leur appropriation par les Etats.

 

2) Ce sont des milieux hostiles pour l’homme : « contrainte d’exiguïté, pression psychologique », « manque d’oxygène, apesanteur, pression ».

La vie dans l’espace est éprouvante. Le corps doit être protégé des radiations mortelles, l’apesanteur détériore le cerveau, les os, les muscles, les organes sensorielles… Le quotidien comporte des règles strictes (exercices physiques), le sommeil est compliqué, la vie en groupe délicate à cause de la promiscuité. L’établissement de groupes humains permanents et autonomes semble donc difficile…  

Ce sont des milieux mal connus : « immensité » ; « 5% des profondeurs océaniques connues », « 96% ???? de l’univers inconnu », « exploration imparfaite ».

Paradoxalement les fonds marins sont moins connus que l’environnement spatial proche (planètes observées et étudiées par des sondes spatiales). Des espèces vivantes y sont régulièrement découvertes. Des interrogations scientifiques importantes demeurent sur ces milieux… La recherche de réponses est souvent à l’origine de missions scientifiques ambitieuses (planètes, comètes, astéroïdes, fosses abyssales…)    

Ce sont des milieux dont l’exploration et l’occupation sont compliquées et coûteuses : « limite bien évidemment technique », « technologies complexes », « somme incroyable de compétences intellectuelles et manuelles » ; « importants moyens financiers et du temps ».

D’abord le temps, les programmes spatiaux s’étalent sur des décennies les échéances sont rarement tenues et repoussées. Les budgets sont vertigineux, les E-U ont mobilisé 400 000 ingénieurs, chercheurs pour la conquête de la lune et dépensé 200MM de $ actuels. Le coût d’un retour sur la lune est estimé à 30MM de $. La conquête spatiale de la deuxième moitié du XXe s. a néanmoins permis des avancées technologiques considérables (GPS, télécommunications par satellites, ordinateurs, matériaux composites…).  

Ce sont des milieux dont le contrôle est essentiel pour la souveraineté des Etats ou dans une logique de puissance : « conquête spatiale, objet de rivalité entre deux superpuissances dans le monde bipolaire de la guerre froide », « destination de la 3edimension est d’abord militaire », « disposer d’informations (recueil et transmission)… pour décider et conduire une action » « satellites, câbles sous-marins ».

Le contrôle de ces nouveaux espaces est un nouveau fondement de la puissance des Etats (cf cours de 1ere). Durant la guerre froide (1947-1991), les E-U et l’URSS se sont opposés dans l’espace d’abord sur le plan militaire (les fusées sont aussi des lanceurs, des missiles nucléaires), puis sur le plan technologique avec la conquête de la lune (1961-1975) et la construction de la navette spatiale. Aujourd’hui, la rivalité des E-U avec la Chine et la Russie prend une dimension spatiale avec des projets ambitieux d’établissement sur la lune et de voyage vers mars. La rivalité s’exprime aussi au fond des océans : en 2007 les Russes plantent un drapeau au fond de l’Océan Glacial Arctique et les Chinois affichent leur ambition d’établir des bases sous-marines dans les fosses marines du Pacifique (doc. 4 p. 21). Les deux milieux sont en interaction en ce qui concerne le recueil et la transmission des informations. Les réseaux de satellites sont essentiels à la connaissance, à la sauvegarde des océans et au suivi des navires qui y circulent (doc. 3 page 21). Les océans sont aussi traversés par des câbles sous-marins par lesquels passent l’essentiel des flux de télécommunications, les autres utilisant les réseaux de satellites. C’est le contrôle de ces réseaux qui permet à un Etat de savoir et d’agir.   

 

3) La liberté de circulation et d’accès, la non appartenance à un Etat comme principes fondateurs : « Les espaces au-delà des ZEE (environ 60 % des océans) constituent la haute mer, où prévaut le principe de liberté », « fonds marins patrimoine mondial de l’humanité ».

Convention de Montego Bay définit la haute mer, au-delà des ZEE, comme un bien public mondial. Elle reconnait la liberté de circulation dans les eaux territoriales et les ZEE. Le traité de l’espace de 1967 fait de même de l’espace extra-atmosphérique, l’article II dit qu’il ne peut « faire l’objet d’une appropriation nationale » (doc. 2 page 18). Il est dédié à la recherche scientifique et la coopération internationale y est souhaitée.

… confrontés aux désirs d’appropriation par les Etats : 1ere extension de la souveraineté jusqu’à 12 miles nautiques », « création des ZEE à la convention de Montego Bay de 1982 » « souveraineté sur les espaces aériens au-dessus de la mer territoriale », « ZEE peut être prolongée jusqu’à 350 miles nautiques ». Territorialisation des mers et océans, c’est-à-dire appropriation juridique, économique ou symbolique d’un espace, dans la 2e moitié du XXe s.

… et d’exploitation économique : « 1/3 des réserves mondiales d’hydrocarbures se situent dans les ZEE » « exploitation des hydrocarbures jusqu’à 3000m », « L’exploitation des ressources minérales à de très grandes profondeurs (nodules métalliques, sulfures), commence à peine » risque de « ruée » « pillage », « Le problème se posera sans doute bientôt dans l’espace extra-atmosphérique ». Les progrès technologiques permettent de trouver et d’exploiter des ressources minières et d’hydrocarbures de plus en plus profondément dans les océans, notamment dans la haute mer, patrimoine mondial. Des projets d’exploitation des ressources spatiales (sur la lune, les astéroïdes) sont également évoqués. Des problèmes juridiques se posent, d’autant plus que de nombreux acteurs sont des entreprises privées et que tous les Etats n’ont pas signé et ratifié les traités et conventions …  

… risque de déclencher tensions et conflits entre Etats : « le jeu des puissances ne manquera pas de s’y déployer, parfois au détriment des règles de droit », « Méditerranée orientale, Mer de Chine méridionale ». L’exploitation commerciale des fonds marins est source de tensions entre Etats en Méditerranée orientale (Israël, Liban, chypre, Turquie), dans l’océan Glacial arctique (Canada, E-U, Russie…). Les enjeux économiques se s’ajoutent aux enjeux militaires et stratégiques. En 2019, D. Trump annonce la création d’une force spatiale américaine. En 2021, la Chine lance le 1er module de sa station spatiale alors que la question de la fin de l’ISS fait débat (2024 ?). En 2020 a lieu le 1er arrimage de satellite en orbite géostationnaire (36000 km), la quête des débris et satellites défectueux devient possible ; tout comme la capture de satellites adverses. En 2010, les E-U créent la Xe flotte de l’US Navy … sans navires, car elle totalement dédiée au contrôle des communications et au cyberespace !      

 

Axe 1 : Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités

                  La conquête de l’espace est un enjeu de prestige pour les puissances, on parle de course à l’espace. Très récemment, il est de plus devenu un nouvel horizon économique pour des entreprises. Même si la conquête des océans revêt un caractère moins exceptionnel et médiatique, les Etats considèrent que leur contrôle est un fondement de la puissance.

                  Comment l’espace et les océans sont-ils devenus un enjeu de puissance et une source de rivalités entre pays ?

Jalon 1 : la course à l’espace entre les E-U et l’URSS

1) En vous aidant de la frise chronologique et du schéma du livre contextualisez les documents 1, 3 et 4.

Le document 3 est un discours prononcé le 14 avril 1961, 2 jours après le vol de Y. Gagarine dans l’espace, dans un contexte de retour des tensions entre les deux grandes puissances. L’année est ainsi marquée par des relations tendues en Europe entre Kennedy et Khrouchtchev et la construction du mur de Berlin. L’affiche du documentaire de 1962 est produite au moment où la tension entre les deux puissances atteint un point culminant avec la crise des fusées de Cuba (octobre 1962). Au cours du mois de septembre, Kennedy, à Houston, dit que les E-U vont envoyer un homme sur la lune. Le documentaire s’inscrit surement dans cette dynamique. Le document 4 est un témoignage qui montre l’intérêt des Soviétiques pour l’exploit américain de 1969. Le contexte a changé, les deux puissances sont entrées dans l’ère de la « coexistence pacifique » et de la « détente » dont une des manifestations est le début des négociations pour la réduction des armements nucléaires.

 

2)  Quelles sont les grandes étapes de la course à l’espace pendant la guerre froide ? (Schéma du livre) Montrez qu’elles sont liées à la nature des relations entre les deux grandes puissances.

La course à l’espace concerne surtout la période 1955-1975. La course à l’espace fait appel à des technologies nouvelles largement empruntées aux missiles nucléaires intercontinentaux. Les deux puissances rivalisent pour envoyer un animal puis un homme dans l’espace et placer un satellite en orbite terrestre puis lunaire. Les Soviétiques prennent de l’avance : 1ersatellite en 1957 ; 1er animal en orbite, 1er homme dans l’espace (Gagarine 1961), premiers vaisseaux en orbite lunaire et posé sur la lune (programme Luna) ; 1ere femme dans l’espace. Au début des années 1960, les E-U réagissent et lancent le programme Apollo dont le président Kennedy définit l’objectif : envoyer un homme sur la lune avant la fin de la décennie 60 (Houston, 1962). Les lancements de satellites et de vaisseaux habités se multiplient jusqu’au début des années 70. C’est la mission Apollo 11 qui pose les 1ers hommes sur la lune le 21/07/1969. Les Soviétiques échouent de peu, ils ont été incapables de fabriquer une fusée fiable capable de porter un vaisseau lourd vers la lune. La conquête de la lune a fait de nombreuses victimes, dont des astronautes et cosmonautes (texte 4). La rivalité se poursuit pour la mise en orbite ou l’exploration des planètes du système solaire : mercure (mariner 10), vénus (mariner américain, venera soviétique) et mars (mars soviétique ; viking américain) : les E-U ont également plus de succès.

Avec la détente entre les deux puissances, le nombre des objectifs et des lancements diminue. Les hommes ne retournent plus sur la lune après 1972 (Apollo 17), les deux puissances se concentrent sur l’exploration planétaire (Jupiter, saturne, Uranus et Neptune), spatiale (télescope spatiale) et la mise en œuvre de stations spatiales pouvant accueillir des astronautes pour de longues durées (Saliout, Skylab, Mir). La rencontre entre des astronautes et des cosmonautes en 1975 est le symbole de la détente entre les deux pays. Lorsque la rivalité reprend dans les années 80, les Soviétiques ne peuvent rivaliser, ils ne parviennent pas à mettre en œuvre leur navette spatiale, un vaisseau réutilisable.   

 

3) Montrez que la conquête de l’espace est un enjeu de puissance entre les E-U et l’URSS ?

La course à l’espace est une parfaite illustration de la rivalité entre les deux grandes puissances.

- d’abord une rivalité militaire. La course à l’espace est permise d’abord par la conception de missiles nucléaires intercontinentaux. Les premières fusées sont aussi des missiles.

- puis une rivalité technologique. Lorsque l’objectif a dépassé la mise en orbite d’un objet autour de la terre, les deux puissances ont dû développer rapidement des fusées avec des moteurs capables de lever des charges lourdes, des vaisseaux capables de se mettre en orbite autour de la lune et de poser des engins. Il a fallu mettre en œuvre des calculateurs puissants pour calculer les orbites et des ordinateurs pour automatiser des manœuvres.

- puis une compétition économique. Le coût financier de la conquête spatiale est considérable. L’URSS n’a pas pu maintenir un tel effort économique et la conquête de l’espace a probablement contribué à son déclin dans les années 70-80.

- une compétition idéologique et de prestige (doc.3). « Liberté authentique du peuple » capable de réunir les conditions du décollage et de l’atterrissage d’un vaisseau satellite » « justesse de l’idéologie marxiste-léniniste ». Khrouchtchev associe l’idéologie et l’exploit technologique (vol de Gagarine). C’est parce que le peuple soviétique est libre qu’il a pu le réussir.  Au contraire, les pays « où les riches exploitent » (Etats-Unis et autres pays occidentaux) n’ont pas pu envoyer un homme dans l’espace. Le discours de Khrouchtchev s’adresse aux Soviétiques et au reste du monde, il veut montrer la supériorité du modèle soviétique. Les E-U, à partir de 1962, font de la conquête de l’espace, une « nouvelle frontier », un objectif à un atteindre, un espace à s’approprier. La notion de frontier est inséparable de l’idéologie américaine de puissance.     

 

Bilan :

Comment la course à l’espace est-elle une manifestation et une accélération de la rivalité entre les Etats-Unis et l’URSS ?  

Une compétition multiforme …

La conquête de l’espace est une parfaite illustration de la guerre froide. Elle présente des aspects idéologiques, les succès des missions sont utilisés à des fins politiques pour montrer la supériorité de son modèle sur celui de la puissance concurrente ; Des moyens technologiques et financiers colossaux sont mobilisés par la compétition, les gouvernements doivent convaincre leur population de la nécessité de ces efforts. Enfin la conquête spatiale s’inscrit dans la course aux armements entre les E-U et l’URSS ! Le rythme de la conquête spatiale suit à peu près celui des crises et des tensions entre les deux camps.

 

… qui s’accélère dans les décennies 50-60…

La conquête spatiale est concomitante du développement des missiles intercontinentaux. Les Soviétiques ont pris de l’avance dans les années 50, ils sont les 1ers à construire une fusée capable d’envoyer un satellite dans l’espace (1957) puis un animal et un homme (1961). Les succès soviétiques s’accompagnent d’une réaction américaine vive avec la création de la NASA en 1958 et la mise en œuvre du programme Apollo (1961). En 1962 à Houston, le président Kennedy promet d’envoyer un homme sur la lune avant la fin de la décennie. Cette période est aussi celle du niveau de tension le plus élevé entre les deux Grands.

 

… et qui est finalement gagnée par les Etats-Unis.

Etats-Unis sont les premiers à poser les pieds sur la Lune : mission Apollo 11 21/07/1969. Plusieurs missions suivent jusqu’en 1972 ; les missions américaines vers les planètes du système solaire réussissent mieux (Mariner, Viking). La détente se concrétise dans l’espace par la rencontre entre astronaute et cosmonaute en 1975. Enfin la relance de la guerre froide dans les années 80 se traduit par les succès des missions de la navette spatiale, un vaisseau spatial réutilisable, se posant sur terre comme un avion. En difficulté économique, l’URSS ne peut suivre…   

 

 

Jalon 1 : l’arrivée de nouveaux acteurs

 

Comment les Etats émergents et les entreprises privées ont-ils relancé la course à l’espace dans les années 2000 ?

- La course à l’espace repart car elle est une manifestation de la puissance pour de nouveaux Etats.

Depuis la fin de la guerre froide, le nombre d’Etats disposant de bases de lancement spatiale et capables d’envoyer dans l’espace des satellites et vaisseaux a rapidement augmenté. Une dizaine d’Etats (UE exceptée) sont aujourd’hui des puissances spatiales : E-U, Israël, France, Iran, Inde, Chine, Russie, Corées du Nord et Sud et Japon. Corée du nord et Iran parce que ce sont d’abord des puissances militaires capables d’envoyer des missiles intercontinentaux (diapo et carte pages 14-15). La Chine et l’Inde deviennent des puissances spatiales dès les années 1970, Israël et le Japon dans les années 80-90. A partir des années 2000, le nombre de modèles de lanceurs et de lancements augmente vite, la course à l’espace redevient un marqueur de la puissance. Les budgets spatiaux des pays émergents croissent même si ceux des trois premières puissances spatiales (EU, Russie UE) demeurent les plus importants (celui de la Nasa est reparti à la hausse) doc. 1. Pourtant en 2020, la Chine est le pays qui a envoyé le plus de fusées dans l’espace (diapo). La Chine et l’Inde s’inscrivent désormais dans la compétition pour les projets spatiaux ambitieux : station orbitale, conquête de la lune et voyage vers mars. La rivalité naissante entre les EU et la Chine pourrait accélérer cette conquête.    

 

- Des entreprises privées s’immiscent dans la compétition …

C’est la nouveauté du début du XXIe s. des entreprises privées sont devenues des acteurs majeurs de la conquête spatiale. C’est d’abord un bouleversement sur le plan juridique, puisque l’espace était jusque-là considéré comme un patrimoine commun qui ne pouvait être accaparé. A l’instigation des EU, il est possible pour un individu d’y développer des activités commerciales. Une manifestation récente en est le tourisme avec la société Space X qui a envoyé en septembre 2021 4 touristes pendant 3 jours dans l’espace. La Société Space X a été créée par Elon Musk (Tesla) et possède ses propres fusées (Falcon) et son propre vaisseau, Crew Dragon (diapos). En 2020, les Falcons sont le 2ème modèle le plus lancé dans l’espace et sont utilisées par la Nasa. La société Space X développe son propre réseau de satellites de télécommunication, starlink, pour couvrir le monde entier. Blue origin du milliardaire Jeff Bezos (Amazon) ou Virgin Galactic ont des ambitions similaires. D’autres sociétés aérospatiales privées apparaissent régulièrement dans le monde…     

 

- Entre coopération et compétition : l’espace un nouveau far west ?

D’abord la compétition. Les agences spatiales américaine, européenne et russe sont soumises à la concurrence des agences des pays émergents et, surtout, aux entreprises privées du secteur spatial. Chaque agence cherche à réduire les coûts des lancements et du transport afin de rester sur le marché. Ainsi, la Nasa a renoncé aux fusées et vaisseaux Soyouz pour ceux de Space x pour ravitailler l’ISS. La compétition est aussi celle des nouveaux programmes ambitieux, notamment ceux de revenir sur la lune ou d’envoyer des hommes sur mars. La Nasa pense y revenir en 2024, la Chine ambitionne de les y devancer (doc. 2). La Chine vient d’envoyer les premiers modules de sa station spatiale, l’Inde ambitionne d’en faire autant. La Chine est devenue la 3e puissance à poser un appareil sur la lune, l’Inde a échoué dans sa tentative (doc.3).

Mais aussi la coopération. La coopération entre Etats est nécessaire afin de réduire les coûts. Des satellites peuvent être envoyés par des fusées étrangères et l’ISS, la Station Spatiale Internationale, est le symbole de cette coopération internationale. Des Etats s’associent pour mettre en oeuvre des projets spatiaux : l’ESA pour l’Europe avec le programme Ariane (doc. 4) et plus récemment l’Agence spatiale africaine qui veut lancer des satellites pour recueillir des données utiles pour les Etats (doc. 5) .

Surtout avec le nombre croissant de satellites dans l’espace, une coopération semble inévitable pour réglementer leur mise en orbite et éviter les collisions (doc. 6page 19).    

Un porte hélicoptère et navire amphibie français. Ce navire capable de décharger du matériel fait partie des capacités de projection françaises.

Un porte hélicoptère et navire amphibie français. Ce navire capable de décharger du matériel fait partie des capacités de projection françaises.

Jalon 2 : la dissuasion nucléaire et les forces de projection maritime   

 

                  Mars 2021, trois sous-marins russes brisent la glace et font surface en même temps au milieu de l’Océan Glacial Arctique. Septembre 2021, le contrat portant sur la construction de sous-marins est rompu entre la France et l’Australie. Plus qu’un échec économique, il s’agit surtout d’un échec géostratégique et géopolitique pour la France. Le pays est écarté du partenariat de sécurité ANKUS dans le Pacifique conclu entre les E-U, le RU et l’Australie, lequel prévoit la dotation aux Australiens de submersibles nucléaires américains.  

                  Les océans sont un « théâtre de la puissance » selon le géographe Michel Foucher. En effet la militarisation des espaces océaniques témoigne de la rivalité que se livrent les grandes puissances. Elles soulignent aussi la territorialisation des océans.

Comment la militarisation des océans et la rivalité entre les grandes puissances transforment-elles les espaces océaniques en « théâtre de la puissance » ?

 

Dossier pages 32-33 et carte page 16-17

1) Définir une hiérarchie des puissances maritimes est compliqué. Elle dépend des éléments retenus pour la caractériser : nombre de navires ou de marins ; tonnage total de la flotte ; quantité et nature des armements, nombre de porte-aéronefs (avions), nombre de sous-marins nucléaires (lanceurs d’engins), nombre de bases à l’étranger, budget de la marine, etc… Les classements diffèrent selon ces éléments, les E-U gardent cependant un avantage par le nombre des sous-marins et porte-avions, le tonnage total et le nombre de bases dans tous les océans. La Chine est la puissance maritime qui progresse le plus rapidement en nombre de navires, provoquant une militarisation des océans Pacifique et Indien (Inde, Japon, Corée du Sud, Australie). Les puissances maritimes traditionnelles, le R-U, la France et la Russie, ont du mal à garder leur rang.

2) Les objectifs d’une force océanique sont de plusieurs ordres : surveiller, dissuader les attaques et protéger le territoire national et ses mers adjacentes ; dissuader l’adversaire d’attaquer et défendre les territoires alliés et leurs mers adjacentes ; projeter des forces militaires au-delà des mers. La dissuasion est le fait des sous-marins nucléaires lanceurs de missiles ; la surveillance des patrouilleurs et des satellites, la projection est possible avec des porte-aéronefs (avions, hélicoptères), des navires de ravitaillement et de navires capables de débarquer du matériel et des soldats.

3) Il existe deux espaces majeurs de rivalités entre puissances maritimes : la mer de Chine et l’Océan Glacial Arctique. Ce dernier résulte de la volonté russe de « restaurer leur présence militaire » dans cet océan. L’intérêt russe pour l’Océan Glacial Arctique est facilité par le réchauffement climatique qui libère de mieux en mieux la mer des glaces durant l’été. La Chine soutient la démarche russe car une nouvelle route commerciale arctique devrait raccourcir le temps de trajet vers l’Europe d’une dizaine de jours. L’intérêt russe est amplifié par la possibilité d’exploiter les réserves supposées d’hydrocarbures au fond des océans. Les Russes cherchent donc à s’approprier l’océan et revendiquent une ZEE étendue vers le pôle. En 2007, ils plantent un drapeau au Pôle, sur la dorsale Lomonosov, qu’ils estiment être un prolongement de leur plateau continental. Depuis, ils installent des bases militaires immenses sur leur littoral nord. Les Etats-Unis, le Canada, la Norvège et le Danemark/Groenland contestent cette initiative russe. La Conseil de l’Arctique qui réunit tous les Etats concernés ne parvient pas à réduire ces rivalités. 

Axe 2 : Enjeux diplomatiques et coopérations

 

Problématique : quelles coopérations permettent aux Etats d’établir une gouvernance de l’espace et des océans, en dépit de leurs rivalités ?

 

Jalon 1 : Coopérer pour développer la recherche : la station spatiale

Dossier page 42-43

Bilan :

Quelles sont les différentes missions de la station spatiale internationale et comment les Etats coopèrent-ils pour mener à bien ces projets ?

 

- Une station spatiale née de la volonté de coopérer à la fin de la guerre froide

            Projet américain et russe, les deux pays assurent la majorité des financements et fournissent les principaux modules)… Les Russes ont fourni le vaisseau de base Zarya et les fusées permettant d’accéder à l’ISS après la fin des navettes spatiales…

…devenu un projet international en permettant à d’autres agences spatiales de s’immiscer dans le projet en finançant et construisant des modules scientifiques ou des pièces de la station, ce qui leur donne le droit d’envoyer des spationautes en mission.

            Un fonctionnement reposant sur la coopération internationale indépendamment des rivalités politiques (doc. 2)

Coopération obligatoire entre les spationautes au sein de la station. Des visiteurs issus de 18 pays différents.

Des installations au sol pour préparer les missions dans les principaux pays concernés : Russie avec le centre d’entrainement des spationautes et le centre de contrôle de l’ISS ; centres de contrôle des modules dans les pays concepteurs (UE, Japon).

            Néanmoins, pour l’avenir, une coopération fragilisée par les tensions accrues entre partenaires et la nouvelle course à l’espace (doc.5).

Alors que l’ISS vieillit, son coût de fonctionnement est critiqué. Le financement de l’ISS n’est pas assuré après 2024. Des rivalités entre partenaires apparaissent : Russie/ Kazakhstan pour l’utilisation du cosmodrome de BaïKonour ; EU/Russie puisque Space X a été préféré à Soyouz pour transporter les spationautes américains.

L’intérêt croissant pour la lune et le voyage vers mars se fait au détriment de l’ISS ?   

De même le rapprochement Russie-Chine (exclue du projet dès le début) se fait au détriment de l’ISS ?

Arrivée des acteurs privés (space X) fait craindre la privatisation de l’ISS ? Remise en cause des missions internationales, notamment scientifiques au profit de missions privées ?

 

- Les missions dans la station spatiale internationale

            Missions de maintenance et de réparations nécessitant la sortie des occupants. Missions périlleuses, fatigante à cause des combinaisons et des efforts et de la vigilance à fournir.

            Différents types de missions scientifiques dans les modules où peuvent se réaliser des expériences complexes.

Des expériences pour les progrès technologiques terrestres. Flamme froide obtenue en apesanteur avec des gaz ; nouveaux matériaux…  

Des expériences technologiques en prévision de voyages sur Mars ou d’une installation sur la lune. Mesurer les effets physiques de l’apesanteur sur les matériaux.

Des expériences médicales. Les effets physiologiques de l’apesanteur

Des expériences sur le vivant : ex le blob de Thomas Pesquet

Jalon 2 : Rivalités pour les ressources maritimes et création des zones économiques exclusives (ZEE)

            La convention des nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), signée à Montego Bay en Jamaïque en décembre 1982, crée des frontières maritimes et des zones économiques exclusives, des limites permettant aux Etats d’exploiter les ressources marines (cf cours de 1ere). Cette territorialisation vise à limiter les conflits entre Etats pour l’exploitation des ressources. En réalité, elle les attise. Pourquoi ?

 

L’exemple de la Méditerranée orientale. 

https://www.franceculture.fr/geopolitique/de-la-turquie-a-legypte-les-hydrocarbures-attisent-les-tensions

https://www.diploweb.com/Geopolitique-de-Chypre-Premiere-partie-Pourquoi-la-guerre-du-gaz.html

 

            1) Quels sont les Etats et association d’Etats impliquées dans la géopolitique de la Méditerranée orientale ?

La Turquie est la puissance de la région. Elle est membre de l’OTAN et intervient directement ou indirectement dans les conflits régionaux (Syrie ; Arménie/Azerbaïdjan). La Turquie a trouvé un allié dans le Qatar et a conclu un accord maritime avec la Libye.  Avec le programme « patrie bleue » elle veut redevenir une puissance maritime forte ;

Chypre est une île membre de l’UE, divisée depuis que sa partie turque, soutenue par la Turquie, a fait sécession en 1974. Chypre a pour rivale la Turquie et est soutenue par la Grèce et la France.

La Grèce, membre de l’UE, est la grande rivale de la Turquie. La rivalité est ancienne (début du XXe s.). Elle trouve des alliés dans la France, les Emirats Arabes Unis et l’Egypte.

La Syrie et la Libye connaissent une guerre civile. Le Liban est affaibli par la crise économique et politique, il cherche à se rapprocher d’Israël.

L’Egypte se méfie de la Turquie. Ce pays est un allié traditionnel de l’UE ou des EU. Ce pays est en paix avec Israël.

            2) Quelles sont les grandes étapes de la délimitation des zones maritimes. Quels sont les enjeux de la délimitation des ZEE ?

La première étape est d’abord celle des traités qui ont suivi le démantèlement de l’Empire ottoman, dont le Traité de Lausanne entre la Grèce et la Turquie en 1923. La convention de Montego Bay définit les ZEE mais il n’est pas signé par la Turquie. C’est pour cela que la Turquie rejette les « cartes de Séville » qu’elle considère comme étant des délimitations qui reflètent les « vues de l’UE ».

La délimitation des ZEE est donc source de tensions. La Grèce possède toutes les îles qui bordent l’Anatolie, les eaux territoriales et la ZEE sont donc très limitées. A l’image de Kastellorizo, une île de 9km2 située à 2km de la côte turque et qui prive le pays d’une immense zone maritime au large de la province d’Antalya.

La ZEE de Chypre est également problématique dans la mesure où l’île est divisée et soumise dans sa partie nord à l’influence de la Turquie. A l’Est et au Sud, la délimitation des ZEE est moins conflictuelle, si ce ne sont celles de Gaza (un territoire palestinien isolé et contrôle par Israël) et celle du Liban et d’Israël.

Comme la Méditerranée est étroite dans sa partie orientale, il n’y a pas d’eaux internationales. Par ces ZEE transite l’un des axes majeurs du commerce mondial : la route Asie orientale-Europe via le canal de Suez.   

            3) Comment la découverte de gisements de gaz dans cette partie de la Méditerranée bouleverse le fragile équilibre géopolitique de la région.

Les tensions sont ravivées par la recherche et la découverte récente de gisements d’hydrocarbures, de gaz essentiellement. Les firmes pétrolières sont arrivées et ont conclu des accords avec les Etats et ravivé des tensions. A Chypre un navire d’exploration italien a été empêché de travailler par les Turcs. De son côté la Turquie a envoyé son propre navire d’étude des fonds marins, escorté par sa marine de guerre, dans les eaux territoriales grecques.

L’exploitation a débuté au cours des années 2000 dans des gisements offshores de gaz que se partagent Chypre, la Syrie, le Liban, Israël, la Bande de Gaza et l’Egypte (gisements Tamar, Leviathan, Aphrodite, Zohr…). Aucun gisement significatif n’a été détecté au large de la Turquie, elle tente donc de « se servir chez les autres ». C’est pour cela que ce pays conteste la délimitation des ZEE et a mis en œuvre le concept de « patrie bleue » qui doit le doter d’un domaine maritime de plus de 450000 km2 (au détriment de la Grèce et de Chypre) ! Au contraire, les autres Etats de Méditerranée orientale se sont empressés de régler leurs différends devant les tribunaux internationaux ou de conclure des accords bilatéraux. L’un des derniers en cours concerne Israël et le Liban, deux Etats pourtant rivaux depuis plusieurs décennies (cf cours « guerre et paix »).

La géopolitique de la mer Méditerranée orientale

La géopolitique de la mer Méditerranée orientale

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