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Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques (Cours, corrections)

9 Avril 2021 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques Publié dans #Term HGGSP

Jérusalem, le patrimoine monumental et archéologique

Jérusalem, le patrimoine monumental et archéologique

Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques

 

Introduction :

 

I - Les termes du sujet 

 

Patrimoine : ensemble des biens matériels ou immatériels, individuels ou collectifs, qui sont transmis et conservés afin de garder les traces du passé, d’une identité, d’une mémoire ou d’une histoire. On peut distinguer le patrimoine culturel du patrimoine naturel. La notion s’élargit donc au vivant.

Identifier : faire l’inventaire des éléments constitutifs du patrimoine. Lorsqu’un bien, un lieu ou une pratique devient un objet patrimonial digne d’être conservé, protégé, on parle patrimonialisation.

Protéger : prendre des mesures afin de conserver l’objet patrimonial, de peur qu’il disparaisse.

Valoriser : mettre en valeur un objet patrimonial, souvent en diversifiant ses fonctions et en encourageant le développement touristique.

Enjeux géopolitiques : analyse géographique des rapports entre les acteurs du patrimoine : populations, Etats, communauté internationale  

 

II - Introduction : le cas de Jérusalem

 

1)

Etape 1

Article paru dans la revue Moyen-Orient n°38, « Bilan géostratégique 2017 : le défi Trump », en avril-juin 2018 et dont l’auteur est Bertrand Riba. La version numérique est accessible en ligne sur le site de l’éditeur Areion.

Etape 2

Cet article évoque les monuments de Jérusalem, capitale des trois grandes religions monothéistes, et leurs différents usages par les Etats qui ont dominé la ville depuis le XIX e s. L’article propose une approche historique, politique et géopolitique du patrimoine de Jérusalem.

Etape 3

L’article est composé d’un titre qui expose clairement le sujet, les enjeux historiques et des fouilles archéologiques dans Jérusalem ; d’une photo montrant l’Esplanade des mosquées ou Mont du temple ; d’un chapeau qui développe le titre ; d’un texte divisé en 6 parties ; d’une courte bibliographie ; d’un plan archéologique de la ville pour aider à la localisation des monuments cités.

Etape 4

L’introduction contextualise le début des fouilles archéologiques à Jérusalem au XIXe s.

Le 1er paragraphe situe la redécouverte de la ville sainte dans le contexte d’études critiques de la Bible. Les fouilleurs cherchent les lieux mentionnés dans la Bible.

Le 2d paragraphe montre que nombreux pays occidentaux ont participé aux fouilles archéologiques

Le 3e paragraphe rappelle qu’après 1967, la ville est occupée par les Israéliens, lesquels entament des recherches importantes dans de nombreuses parties de la ville. Ces recherches visent à retrouver la ville juive des rois David, Salomon et Hérode (4e paragraphe). Ces fouilles se doublent d’une mise en valeur touristique et politique (5e). Mais ces recherches et leur exploitation sont condamnés par l’Unesco.

 

2)

Les monuments et les fouilles juifs : « la Cité de David », cœur supposé de la cité des rois bibliques David et Salomon ; Mont du temple (=Esplanade des Mosquées), emplacement du seul temple juif détruit par les Romains au début de notre ère. Il ne reste que du temple les murs des fondations, le Mur des Lamentations.

Les monuments chrétiens : la via Dolorosa, chemin suivi par Jésus entre sa condamnation et sa crucifixion ; Le Saint Sépulcre, bâtiment construit sur le lieu supposé de la crucifixion (Golgotha) et la mise au tombeau de Jésus. A noter que certains protestants localisent le Golgotha au Garden Tomb (cf plan).

Les monuments musulmans : l’Esplanade des Mosquées (= mont du Temple), lieu associé à Abraham et au « voyage nocturne », l’Isra, du Prophète.

 

3) Les Israéliens veulent faire de Jérusalem, qu’ils occupent depuis 1967, leur capitale spirituelle et politique. Ils multiplient les fouilles archéologiques pour démontrer l’origine biblique de la ville et retrouver ses lieux emblématiques, car la ville a été détruite par les Romains. Les fouilles israéliennes sont surtout faites au Sud de la vieille ville, dans l’ancien quartier des Maghrébins, et dans le Silwan, centre supposé de la ville de David. Des maisons peuplées de musulmans ont été achetées, détruites et des puits et tunnels ont été creusés pour retrouver la ville antique en dessous des constructions modernes. Ces fouilles se poursuivent en dessous du Mont de Temple et dessous les quartiers musulmans. L’interprétation des fouilles est sujette à controverse, certains historiens israéliens n’hésitant pas à les contester. Pour Israël il s’agit de retrouver les traces du peuple juif, les conserver, de les mettre en valeur pour les transmettre aux habitants afin de forger l’identité et écrire l’histoire de ce jeune Etat (fondé en 1948). Cependant les recherches et leur exploitation suscitent le rejet des populations palestiniennes des territoires occupés.

 

4) l’autre dimension est géopolitique. Jérusalem n’est pas la capitale d’Israël et les Israéliens aspirent à ce qu’elle le devienne. La vieille ville est au-delà de ligne verte et la gestion de l’Esplanade des mosquées est laissée à une fondation sous contrôle jordanien. Toute intrusion israélienne dans les quartiers musulmans et sur l’Esplanade entraine des heurts violents et des dénonciations dans tout le monde arabe (Cf 2e intifada en 2000). Pour l’Unesco, la ville, inscrite au patrimoine mondial depuis 1982, a un statut de territoire occupé, les fouilles israéliennes sont donc critiquées. D’autant plus qu’Israël tolère difficilement les chercheurs étrangers dans la ville. Ainsi Israël a quitté l’Unesco alors que l’organisation internationale a accueilli la Palestine en 2011.

L’intervention des Etats et des églises étrangers à Jérusalem avec des projets culturels et politiques n’est pas récente, elle remonte au XIXe s. avec le déclin de l’Empire ottoman. Des monuments de la vieille ville sont donc la propriété de pays étrangers (Eglise Sainte Anne à la France) ou gérés par des Eglises chrétiennes, protestantes.

 

Bilan : Jérusalem est un parfait exemple pour une analyse géographique des rapports sociaux et politiques entre les différents acteurs du patrimoine.

Des populations : Chrétiens/juifs/musulmans qui font de la ville un lieu saint. Israéliens / Palestiniens dans une ville qu’ils revendiquent comme capitale !

Des Etats : Israël/ autorité palestinienne/Jordanie interviennent dans le contrôle et la sauvegarde du patrimoine. Cette sauvegarde a une dimension très politique car le statut de Jérusalem est un sujet de conflits entre Israël et le monde arabe.

La communauté internationale :  L’UNESCO, un organisme international de l’ONU créé en 1945 et qui, à partir des années 1970, considère comme « patrimoine mondial » des biens culturels et naturels uniques qu’il convient de préserver. L’UNESCO ne reconnaît pas les actions d’Israël sur le patrimoine de la ville

AXE 1 : Usages sociaux et politiques du patrimoine 

L’enjeu politique et social de la patrimonialisation repose sur deux démarches conjointes : rassembler la société autour d’un symbole accepté par tous et en permettre la transmission afin qu’il soit accessible à tous. Mais cet enjeu peut être l’objet de conflits : lorsque ce symbole ne fait plus consensus ; lorsque ce symbole n’est pas accessible.  

Jalon 1 : Réaménager la mémoire, les usages de Versailles de l’Empire à nos jours

Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques (Cours, corrections)

Jalon 2 : conflits du patrimoine : les frises du Parthénon depuis le XIXe s.

… Un symbole patrimonial inaccessible pour les Grecs

La position de la frise des Panathénées autour de la salle de la statue d'Athéna

La position de la frise des Panathénées autour de la salle de la statue d'Athéna

Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques (Cours, corrections)

AXE 2 : Patrimoine, la préservation entre tensions et concurrences 

Si la préservation du patrimoine est largement affichée et revendiquée, elle n’en demeure pas moins au centre d’enjeux culturels, politiques, économiques et sociaux contradictoires. Le processus de patrimonialisation et de valorisation peut être source de conflits d’intérêts. 

Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques (Cours, corrections)

Jalon 1 : Paris entre protection et nouvel urbanisme

 

Paris a toujours entretenu des relations étroites avec son patrimoine architectural. Au XIXe s., la ville se transforme sous l’impulsion de l’industrialisation et de certains hommes politiques. Naît alors la préoccupation de préserver les traces du patrimoine menacé d’oubli ou de disparition. Aujourd’hui, dans un contexte de concurrence internationale, Paris envisage des projets d’extension et de modernisation de son urbanisme. Les critiques sont nombreuses. Comment faire à Paris ?

 

1) Que sont les Monuments historiques ? Un inventaire officiel, depuis les années 1830-40, de monuments, objets et d’espaces à protéger ; une administration chargée de le faire.

Doc. 1 p. 242 : Quelle distinction peut-on établir entre les sites classés et ceux inscrits aux monuments historiques ? La différence réside dans le niveau et l’étendue de la protection à accorder aux monuments. 43 000 immeubles (et 300 000 objets) inscrits ou classés. Un site inscrit est un site naturel ou bâti qui nécessite d’être surveillé ou conservé. L’administration doit être saisie de tous projets de travaux. Un site classé est un site remarquable appartenant au patrimoine national qui doit être conservé en l’état et préservé de toute atteinte grave.

Quelle est la particularité de Paris ? Une grande partie de la ville est inscrite, classée aux Monuments historiques ou au patrimoine ou à l’Unesco ! Paris est le département/ville qui possède le plus de bâtiments (1850) et espaces classés ou inscrits.

 

2) Montrez que les projets de « rénovation », de « modernisation » ou de « restructuration » des édifices et lieux parisiens ont toujours été contestés. Avec quels arguments ? Les projets d’urbanisme modernes ont toujours suscité de la méfiance à Paris : Centre Pompidou (Beaubourg), Pyramide du Louvre sous Mitterrand… Plus récemment, dans la compétition entre métropoles, marquée par la tertiairisation de l’économie, la gentrification du cœur des villes, Paris a cherché à rénover, moderniser, restructuré les espaces libérés et impactés par les dynamiques économiques et sociales. Ces projets d’urbanisme modernisant des édifices sont contestés par des associations et collectifs qui ont recours aux tribunaux. Par exemple, la Samaritaine, d’anciens magasins possédés par LVMH, font l’objet d’une rénovation en vue d’en faire un hôtel de luxe, un magasin, des bureaux et des logements. Cette rénovation est typique de l’urbanisme moderne qui associe logements, emplois et services en un même espace. Le projet a été contesté à cause d’un habillage de la façade en verre par plusieurs associations avant d’être validé en 2015. La Samaritaine rouvre en 2021. Il en est de même avec les Halles en raison de son toit en écailles de verre, la Canopée, inauguré en 2016. Les Halles, nœud du réseau de transport parisien, accueillent un immense centre commercial et des espaces dédiés à la culture. L’argument principal des opposants est que les rénovations ne respectent pas le « paysage, l’esthétique » environnants et ne sont pas conformes au PLU.         

 

3) Tous les documents. Montrez que les projets de construction de tours, symboles de la métropole moderne dynamique, sont contestés. Avec quels arguments ? Depuis la rénovation de la gare et la construction de la Tour Montparnasse (210m), les Parisiens sont hostiles à la construction de tours. Cette opposition s’exprime en 1975 par une interdiction de construire de grandes tours. Tout projet d’urbanisme en hauteur impose donc une révision du plan local d’urbanisme (PLU). Or, la tour est le symbole de la métropolisation, chaque métropole doit se doter d’un skyline. Plusieurs projets sont en cours (Cité judiciaire, Tours Duo) ou débute (Tour triangle) et ont suscité de nombreuses réserves. Toutes ces tours offrent des dizaines de milliers de m2 d’espaces de bureaux et promettent de nombreux emplois. Pourtant ils sont souvent jugés disgracieux et inutiles. L’exemple de la Tour Triangle, une tour en verre de 180 m de haut comprenant des bureaux et un hôtel, en est un parfait exemple. Le projet, lancé en 2011, est rejeté par le Conseil de Paris en 2014, accepté en 2015, mais les travaux devaient débuter qu’à la fin de l’année 2020, après le rejet de nombreux recours déposés par des associations. 

 

4) Soulignez la dimension politique des oppositions. L’urbanisme est le sujet sur lequel les oppositions politiques s’expriment clairement. A Paris, où la majorité de la maire Anne Hidalgo est fragile, les négociations sont âpres, notamment lors des révisions du PLU, préalables à tout projet d’urbanisme. Les écologistes rejetant les bâtiments considérés comme trop énergivores et souhaitent plus de parcelles végétalisées ; la gauche considère que ces projets sont trop coûteux, encouragent la gentrification de la ville et la spéculation immobilière. La droite défend les bâtiments à taille humaine, rejette la densification (cf article de Libération).

Jalon 2 : La question patrimoniale au Mali

Au Mali, pays pauvre du Sahel, la préservation du patrimoine est au centre d’enjeux culturels et politiques à différentes échelles. Le processus de protection et de valorisation de ce «patrimoine mondial en péril » implique des acteurs internationaux dans un contexte géopolitique conflictuel. 

Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques (Cours, corrections)
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