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THEME 2 : FAIRE LA GUERRE, FAIRE LA PAIX : FORMES DE CONFLITS ET MODES DE RESOLUTION (1ere partie du cours)

22 Octobre 2020 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques Publié dans #Term HGGSP

THEME 2 : FAIRE LA GUERRE, FAIRE LA PAIX : FORMES DE CONFLITS ET MODES DE RESOLUTION (1ere partie du cours)

           Introduction

Plan de l’intro

1 - Qu’est-ce que la guerre ? Qu’est-ce que la paix ?

2 - Un panorama des conflits armés actuels

3 - Un essai de typologie des confits par le cinéma : nature des conflits, acteurs et modes de résolution

 

1 - Qu’est-ce que la guerre ? Qu’est-ce que la paix ?

            - La guerre :

Que pensez-vous de l’usage du terme guerre dans le langage courant ? Donc qu’est-ce qu’une guerre, conflit ? ; A partir des associations de termes de la diapo qu’apprend-t-on sur la guerre ou les conflits ? 

Ainsi :

Le terme guerre est utilisé de façon excessive. Certaines situations ne sont que des tensions, des oppositions, des conflits et ne débouchent pas sur des actes de violence.

Définitions :

Un conflit, situation propre à la vie en société, se manifeste dans l’opposition, la lutte entre individus ou groupes et recouvre des formes variées, notamment armée. Lorsque cette opposition est d’un niveau faible, on peut parler de tension.

Donc, la guerre désigne un conflit entre groupes humains dans lequel se pratiquent des actes de violence armée et organisée.

Le problème récurrent dans toute l’introduction est de définir à partir de quand on passe du conflit à la guerre.

Qu’apprend-t-on sur les aspects de la guerre à partir des associations de mots de la diapo ?  La guerre a des aspects économiques, culturels et militaires 

schéma 1 

 

C’est aussi l’occasion de rappeler les définitions de quelques notions vues durant leur scolarité : guerre totale, guerre froide.

Guerre totale : une guerre qui mobilise toutes les ressources disponibles d’un pays, sa population autant que son économie, sous le contrôle du gouvernement.

Guerre froide : un conflit économique, idéologique, scientifique, culturel, sportif opposant des Etats (E-U / URSS entre 1945 et 1991) sans affrontement armé direct.

La guerre a surtout une dimension politique. La guerre répond à des fins politiques, celles des Etats qui veulent imposer leur modèle politique, étendre, protéger leur territoire ; celles d’un groupe politique qui veut acquérir son indépendance ou un meilleur partage du pouvoir.

- Et la paix ?

Définition : la paix est la situation des Etats, des groupes de personnes qui ne sont pas en guerre ou en conflit.

Cependant cette définition simple pourrait laisser croire que la paix n’est que passivité des armes, arrêt de la violence. Ce n’est pas si simple …

La paix n’est pas seulement l’arrêt des combats, l’armistice, et la signature d’un accord. La paix est un processus long, un engagement fort impliquant de nombreux acteurs.

 

Document 4 page 85 : paix positive, paix négative.

Quelles sont les différences entre la paix négative et la paix positive ?

La paix négative ne construit pas les conditions d’une paix durable, elle n’est qu’arrêt des combats ! Mais les tensions, les heurts peuvent durer car les causes de la guerre précédente n’ont pas été supprimées. Un climat de tensions, de violence peut perdurer : on parle de conflictualité.

La conflictualité est un état intermédiaire entre la guerre et la paix marqué par des violences.

La paix positive construit les conditions d’une paix durable, elle supprime les causes de la guerre passée, désarme et réintègre les combattants dans la société. Elle crée les conditions politiques, économiques pour de bonnes relations entre les anciens belligérants. Des Etats voisins, la communauté internationale peuvent intervenir pour favoriser le processus de paix. 

 

2 - Un panorama des conflits armés actuels

 

- Plus ou moins de conflits, de guerres ?

Dans mesure où les limites du conflit violent et de la guerre sont difficiles à établir, il est difficile de répondre à cette question. Des organismes et chercheurs ont tenté d’y répondre. Voici deux graphiques complémentaires qui tentent de répondre à cette question

(diapo 7 : source  https://ourworldindata.org/war-and-peace) :

1) Quels critères les auteurs de ces graphiques retiennent-ils pour choisir leurs « conflicts » ? Font-ils une distinction conflit/guerre ? Ils retiennent le nombre de morts combattants et les conflits impliquant des gouvernements. Ils ne font pas la distinction entre conflit et guerre.

2) Quels types de conflits distinguent-ils ?

- Les conflits entre Etats ou conflits interétatiques.

- Les conflits intra-étatiques ou guerres civiles impliquant l’Etat à des citoyens ou des citoyens entre eux. Ils distinguent aussi les guerres civiles avec interventions étrangères.

- Les guerres de décolonisation ou les guerres séparatistes, d’indépendance au sein des empires multinationaux.

3) Que montre la lecture complémentaire rapide des deux graphiques ? Le nombre de conflits/guerres a diminué après 1990 (fin de la guerre froide) mais augmente à nouveau ces dernières années. Les conflits/guerres font de moins en moins de victimes combattantes (et les civils ?). La quasi-totalité des conflits actuels sont des guerres civiles, les guerres entre Etats ont presque disparus.

 

Ce qu’il faut retenir : être prudent et critique sur les choix opérés par les concepteurs des documents que vous étudiez. Ici :

- pourquoi ce choix de 25 morts pour définir le « conflict » ? Les civils ne semblent pas avoir été pris en compte, or ce sont souvent les principales victimes des conflits modernes.

 

- Conflits et guerres, approche historique (diapo 8) :

4) Par rapport aux graphiques précédents, quelle différence importante doit être notée dans le choix des données utilisées ? Le graphique tient compte des morts combattants et civils. L’unité est la même : nombre de morts pour 100 000 hab du monde.

 5) Quels sont les conflits qui ont fait le plus de victimes depuis 1400 ?

La guerre de Trente Ans (1618-1648), les guerres du règne de Louis XIV, la guerre de Sept Ans (1756-1763), les guerres révolutionnaires et napoléoniennes (1792-1815) -étudiées dans ce thème de HGGSP- ; les guerres mondiales. 

 

- la localisation des confits et guerres dans le monde

 

La cartographie des conflits et des guerres dépend des limites, de l’intensité que l’on retient pour les phénomènes cartographiés. Il peut apparaitre des différences importantes entre les cartes, lesquelles reposent sur les choix opérés par les concepteurs des cartes. Aussi, il faut également être critique sur ces choix. Deux exemples :

la carte du Heidelberg for International Conflict Research, qui propose un conflict barometer pour chaque année (https://hiik.de) ;

le SIPRI yearbook (https://www.sipri.org/yearbook) du Stockholm International Peace Research Institute.

1) Quels critères retiennent les deux productions cartographiques ? La première, le nombre de morts pour chaque conflit/guerre ; la seconde, des critères plus larges sur l’intensité des conflits. Dans la deuxième carte, tous les conflits ne sont pas des guerres.

2) Vos impressions concernant la 2de carte ? Presque tous les pays du monde connaissent des conflits. Qu’en est-il de la France ? Mouvements sociaux violents, violences policières etc …

3) Quelles régions du monde connaissent des conflits de forte intensité ou guerres ? Les conflits armés violents sont très présents en Afrique Saharienne et sahélienne (Libye, Mali, Soudan), au Moyen-Orient (Syrie, Yémen, Afghanistan) et en Asie du Sud. L’Amérique centrale et amazonienne demeure une région de violences fortes.

 

4) Quelle différence significative apparait entre ces deux cartes ? La présence du Brésil, du Mexique parmi les pas à niveau de violence élevé ! Violence d’Etat, violence des trafiquants et des cartels, violence contre les minorités indiennes.

5) A partir des cartes 1 p. 80, 1 p.82, 3 p. 83 et du doc. 2 p.82 dites dans quels types de pays se situent les conflits ? 

La guerre est un « phénomène lié à la précarité » (doc. 2 p. 82) et à l’échec de l’Etat. On trouve les conflits surtout dans les Etats défaillants ou faillis, incapables de contrôler leur territoire, de protéger et subvenir aux besoins de leur population.

Cela concerne les Etats du monde :

Ayant un niveau de développement humain faible : Afrique intertropicale, Asie du Sud ;

Avec des régimes politiques non démocratiques : Afrique du Nord et centrale, Moyen-Orient ;

Ayant des ressources convoitées ou accaparées par une élite ;

Qui sont au contact des grandes aires culturelles et religieuses…

 

- La carte de la paix dans le monde

Le Global Peace Index est un classement des Etats fait par le magazine britannique The Economist. Il comporte 23 critères : les conflits internes et externes, le niveau de violence de la société, la production et l’exportation d’armes, le nombre de policiers et de soldats, les dépenses militaires et les types d’armes etc…

Analyse critique. Les critères pour définir l’état de paix d’un pays sont donc bien plus larges que la définition du terme paix vue en début de cours.

A partir de quelle couleur peut-on considérer que la paix est menacée dans un pays ? Jaune ou orange… Elèves peuvent être influencés par la position de la France (= à la Chine ou aux E-U !!!).

 

Bilan :

Cartes de la guerre et de la paix sont difficiles à établir. Le résultat obtenu dépend des critères retenus et de l’échelle de représentation.

 

3 - Un essai de typologie des confits par le cinéma : nature des conflits, acteurs et modes de résolution

 

Voir fiche activité en annexe.

Comment le cinéma nous permet-il d’entrevoir les types de conflits armés actuels et leurs modes de résolution ?

A la maison, visionner la bande annonce du film sur le site d’allociné, lisez les documents annexes et complétez le tableau pour le film que vous avez retenu.

Les films :

- Warriors, l’impossible mission, 1999 (doc. 1) : Le film est en entier sur youtube (en 2 parties), des extraits ici : https://www.dailymotion.com/video/xcpb81, https://www.dailymotion.com/video/xcp3ql

- Eyes in the sky, 2015 ; (BA suffit)

- Jarhead, la fin de l’innocence 2006 (docs. 2 et 3). Extraits peuvent être vus : de 119’35 à 125’30 (autoroute de la mort, puits de pétrole en flamme) et 132’50 à 143’50 (prise de conscience qu’ils n’ont pas vu l’ennemi et pas tiré une seule balle)

- Trahison d’Etat, 2018 (doc. 4)

 

Correction :

Titre du film

Contexte, nature du conflit

Mission de paix ou de guerre ?

Acteurs

Moyens militaires, moyens de la paix

Bilan :

Warriors, l’impossible mission

Eclatement de la Yougoslavie (1991-1995) : affrontements séparatistes, interethniques.

Humanitaire, pas une mission d’interposition

Soldats britanniques/ONU

Soldats serbes, populations bosniaques

Armée britannique n’a qu’une mission humanitaire et ne peut pas utiliser la force pour protéger les civils 

Incapacité des forces mandatées par l’ONU à empêcher les massacres des populations civiles

Eye in the sky

Intervention au Kenya utilisant un drone

Acte de guerre sans déclaration

Politiques et soldats britanniques,

Terroristes transnationaux

Usage de drone contre des terroristes à Nairobi,

Guerre non conventionnelle

Nouvelle forme de guerre : frappe armée précise commandée à distance, guerre déshumanisée

Jarhead, la fin de l’innocence

1ere guerre du Golfe (1991). Guerre interétatique (Irak / coalition d’Etats menée pa

r les EU)

Guerre

Soldats américains de la coalition internationale

Moyens militaires disproportionnés d’une coalition internationale contre l’armée irakienne : guerre asymétrique

Soldats américains ne voyant pas l’adversaire ; armée ennemie réduite à néant par la violence des bombardements

Trahison d’Etat

Entre les deux guerres du Golfe (1991-2003)

Paix

Fonctionnaires de l’ONU, fonctionnaires américains et irakiens

Programme coûteux et peu efficace de l’ONU « pétrole contre nourriture » ; corruption, détournement de fonds

Communauté internationale qui n’a pas réuni les conditions pour une paix viable … et à créer les conditions d’un nouveau conflit

 

Guerre non conventionnelle ou guerre irrégulière : conflit d’un genre nouveau, tant par les acteurs, les codes que les moyens utilisés. Guerre conventionnelle ou classique : affrontement entre armées régulières d’Etats.

Guerre asymétrique : guerre qui oppose des combattants aux moyens très disproportionnés.

Terrorisme : action violente visant à terroriser l’adversaire à des fins politiques ou idéologiques

- Bilan de l’introduction

Une grille de lecture de tous les conflits armés actuels ou passés

Schéma 2 

 

Problématique générale du thème

Comment les façons de penser, faire et sortir de la guerre ont-elles évolué depuis le XVIIe s. ?

schéma 1

schéma 1

schéma 2

schéma 2

Axe 1 – La dimension politique de la guerre : des conflits interétatiques aux enjeux transnationaux

L’axe 1propose une mise en perspective historique des conflits armés du milieu du XVIIIe s. à aujourd’hui. Pour la période retenue, le thème oppose deux façons pour les Etats de concevoir la guerre et de la faire. Ces deux façons sont fortement liées aux contextes historiques et aux enjeux politiques, géopolitiques à toutes les échelles. Dans cet axe, l’analyse est conduite sous l’angle des acteurs : l’Etat, pour le 1er jalon, menant des guerres interétatiques ; l’Etat confronté à des groupes transnationaux dans le second jalon.

La fin de l’époque moderne voit la naissance et l’opposition des Etats-nations qui mènent des conflits armés d’intensité croissante sur des espaces de plus en plus vastes. Les dimensions politiques et idéologiques des guerres révolutionnaires et napoléoniennes font qu’elles sont perçues comme un tournant dans l’histoire des conflits. Les guerres, sont de plus grande intensité, nécessitent la mise en place de règles, d’un droit de la guerre.  

L’époque actuelle, marquée la mondialisation des échanges, le progrès technologique, connait une transformation des conflits armés : de nouveaux acteurs aux logiques diverses sont capables de s’opposer aux Etats et de faire durer les affrontements armés ; les conflits entre puissances sont peu probables à cause de la capacité de destruction de leurs armements ;  dans de nombreux Etats développés, la violence et les pertes humaines sont de moins en moins acceptées, la façon de conduire les affrontements armés est contrainte d’évoluer. 

Problématique de l’axe 1

Comment les Etats ont-ils fait évoluer leurs façons de penser et de faire la guerre depuis le milieu du XVIIIe s. ?

Jalon 1 – La guerre, « continuation de la politique par d’autres moyens » (Clausewitz) : de la guerre de 7 ans aux guerres napoléoniennes

- Etudes de documents

Problématique : comment Karl von Clausewitz (1780-1831) pense-t-il la guerre ?

Karl von Clausewitz (1780-1831) est un officier autrichien entré jeune dans l’armée, contemporain des guerres révolutionnaires (1792-1799) et napoléoniennes (1799-1815). Admirateur du général Bonaparte mais hostile au Français, il ne participa pas aux batailles importantes de la période. Il se consacra à l’étude sur la guerre et à l’enseignement de la stratégie, c’est-à-dire l’ensemble des actions, militaires ou non, qui doivent conduire à la victoire.

Clausewitz est conscient qu’avec la Révolution française, la guerre a changé de nature. Elle est devenue un affrontement massif impliquant des nations entières, des armées nombreuses aux capacités de destruction augmentées et des gouvernements qui en font de la guerre plus qu’un acte politique.

Schéma 3 ci-dessous

Pour Clausewitz la guerre peut connaitre une dérive, une « ascension des extrêmes », en devenant une « guerre absolue visant à anéantir l’ennemi ».  Comment ?

- Le peuple armé peut laisser libre cours à ses pulsions, à ses passions et se livrer à des actes de violence forte, guidés « par une haine féroce ».

- Le gouvernement peut oublier les finalités politiques de son action militaire, c’est-à-dire pourquoi il fait la guerre et viser l’anéantissement de l’adversaire. Pensez aux propos de Goebbels en 1943 quand il défend la guerre totale que mène le peuple allemand.  

- Le commandement militaire peut prendre l’ascendant sur les gouvernants, voire accaparer le pouvoir politique (Coup d’Etat), ou se livrer à une guerre d’anéantissement quand ses capacités militaires la permettent. C’est cette dernière que permet l’arme nucléaire après 1945.

           

- La Guerre de Sept Ans 1756-1763, un exemple de « guerre réelle »

 

Schéma 4 ci-dessous

La guerre de Sept Ans est une « guerre réelle », conforme au modèle de Klausewitz.

Sur le plan politique, c’est un affrontement d’Etats avec des objectifs politiques : défendre leur intégrité territoriale, ou leur empire colonial pour la France, l’Espagne et le Royaume-Uni. La guerre est menée par des souverains qui concilient activité diplomatique et règlement du conflit par les armes. La guerre permet de régler des contentieux anciens entre Prussiens et Autrichiens (à propos de la Silésie), Français et Anglais (en Amérique). Comme ces Etats sont des empires ou possèdent des colonies, les affrontements se déroulent à l’échelle planétaire. Finalement les traités de paix aboutissent à des gains ou des pertes territoriaux. Ainsi, défaite, la France perd la majeure partie de son empire colonial en Amérique du Nord et en Inde.

Puis, sur le plan humain. Les historiens ont remarqué qu’une conscience nationale a émergé lors de ce conflit ; les peuples se mettent à détester le pays adverse et son souverain. Les populations sont de plus en plus impliquées dans les conflits, elles subissent des bombardements, les exactions et les réquisitions des armées adverses. Les hommes sont recrutés dans l’armée de leur souverain ou comme marins sur les vaisseaux de guerre. Dans les empires, les populations locales ont aussi été concernées par les affrontements, surtout en Amérique où des Indiens ont servi dans les deux camps.

Enfin, sur le plan militaire. Les affrontements armés sont d’une ampleur accrue ou la stratégie et la tactique de combat tiennent une grande place. Sont valorisés les vainqueurs de batailles terrestres ou navales, les souverains stratèges (Frédéric II de Prusse). Les batailles rassemblent plusieurs dizaines de milliers de combattants et les pertes sont souvent importantes à cause du rôle joué par l’artillerie et de la valeur des soldats, de mieux en mieux entrainés, surtout dans l’armée prussienne. La guerre de Sept Ans a fait plus d’1 million de victimes militaires et civiles.

 

- Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes : vers « la guerre absolue » 

Schéma 5 ci-dessous

Comme l’a affirmé Clausewitz, les guerres de la Révolution et de l’Empire sont une « guerre d’essence    absolue ».

D’abord, parmi la population française, l’amour de la patrie est un sentiment qui se développe à partir de 1792 lorsque la France est attaquée par une coalition de monarchies européennes. A « la défense la Patrie » succède le désir de renverser les souverains européens considérés comme des tyrans, lequel mène les armées françaises au-delà des frontières du territoire. Les citoyens-soldats, incorporés en masse, sont galvanisés par la propagande républicaine, notamment le chant guerrier de la marseillaise. Les combattants morts au combat sont honorés, les soldats victorieux sont transformés en héros (Valmy, Austerlitz). Avec la guerre qui dure et s’étend, dans les différents camps, le sentiment national se transforme en haine de l’adversaire. 

Les gouvernements républicain et impérial mènent d’abord une guerre politique contre les souverains qui envahissent la France. Puis l’affrontement devient idéologique, les Français prétendent étendre la Révolution à toute l’Europe. La guerre est légitimée, les politiques diffusent des discours de rejet, de haine de l’adversaire. Après le coup d’Etat de 1799 les pouvoirs militaires et politiques sont confondus entre les mains de Napoléon Bonaparte, un général qui, selon Clausewitz, vise « l’anéantissement de l’ennemi ». Les gouvernements organisent la mobilisation de masse, des efforts économiques et humains considérables sont consentis pour la guerre.

Les guerres sont conduites par des officiers et des soldats issus du peuple, la bataille menée selon des codes aristocratiques n’est plus, et l’anéantissement de l’armée adversaire est visé. Les affrontements violents concentrent plus de soldats et de canons, les pertes sont importantes. Manquant de soldats nationaux, les armées recrutent partout, la Grande Armée part en Russie avec presque 700 000 hommes issus de 20 nations. Clausewitz fait de Napoléon le modèle du commandant pratiquant la guerre absolue : grand tacticien, visant la mise hors combat de l’adversaire, peu respectueux des populations civiles. Mais la haine des Français conduit de nombreux peuples à se soulever et à pratiquer un affrontement asymétrique, la guérilla. Cette forme non conventionnelle de combat surprend les soldats et conduit souvent à des exactions contre les populations (cf tableaux de Goya pour l’Espagne).

 

Au XIX e s. le modèle clausewitzien de la guerre absolue s’impose. Les politiques tentent d’établir un droit de la guerre afin d’en limiter les violences sur les combattants et les civiles. Un ensemble de textes est établi au tournant du XXe s. à La Haye et à Genève, avec le concours de la Croix rouge, créée en suisse, au milieu du 19e s., pour secourir les victimes des combats. 

 

 

Schéma 3

Schéma 3

Schéma 4

Schéma 4

Schéma 5

Schéma 5

- Jalon 2 – Le modèle de Clausewitz à l’épreuve des guerres irrégulières » : d’Al Qaïda à Daesh

 

Schéma 6 ci-dessous

Les nouvelles formes de guerre menées par –et contre- ces deux organisations remettent en cause le modèle de Clausewitz. Comment ?

D’abord, les Etats sont confrontés à un ennemi peu visible, très internationalisé par son recrutement et son implantation. Les groupes ne sont pas des organisations politiques classiques, ne possèdent pas d’armée aisément identifiable. Ce sont des groupes autonomes fonctionnant en réseaux, l’affiliation à un label médiatisé permet d’accroître leurs moyens et leur notoriété. Cependant des rivalités existent entre ces groupes, notamment entre les deux leaders : Daech et Al-Qaida.  Après 2001, les Etats-Unis considèrent les auteurs d’attentats comme des criminels transnationaux, des criminels dont l’idéologie de haine à l’égard de l’Occident empêche toute approche comme un affrontement classique. Ces groupes eux-mêmes se considèrent comme les victimes des infidèles et appellent à la guerre au nom de la religion, le Jihad. Ils se financent de différentes façons, toutes illégales et criminelles, et peuvent disposer de moyens matériels importants.

Puis leurs modes d’action oscillent entre des actes terroristes violents (attentats à New York, Madrid, Paris…), symboliques (destruction de Palmyre) visant d’abord à terroriser et semer le trouble chez l’adversaire et des actes de guerre. Dans ce second cas, il s’agit d’une guerre non conventionnelle, asymétrique, les membres des groupes n’étant pas toujours de véritables combattants, ils pratiquent surtout la guérilla. Cette forme de guerre est particulièrement éprouvante pour les armées engagées contre ces combattants cachés dans les montagnes et les villes et qui se dissimulent parmi les populations. La réponse des Etats engagés contre ces groupes n’est finalement plus celle d’une guerre conventionnelle « juste », des moyens militaires nouveaux et disproportionnés sont engagés : drones, bombardements ciblés ou massifs, recours à des armées privées etc… Dans tous les cas les populations civiles sont les principales victimes car la distinction entre civils et combattants est rendue floue.

Finalement, cet affrontement est « d’essence absolue », probablement bien au-delà de ce que Clausewitz pouvait imaginer parce que la dimension idéologique prime. L’aspect religieux du combat permet d’étendre le conflit armé à toute la planète, de s’affranchir de la dimension étatique et de légitimer l’usage d’une violence extrême. Surtout, rien ne permet d’entrevoir ses limites dans le temps et dans l’espace. Les acteurs, les lieux, les modes d’action changent perpétuellement et ces groupes, qui ne semblent pas avoir de buts politiques affichés, peuvent mener le combat partout. Ils génèrent un chaos dans les zones où ils sont présents : au Sahara, en Syrie, en Irak… Les réponses politiques apportés par les Etats occidentaux après leurs victoires militaires, fondées principalement sur la démocratie, n’apportent pas forcément la paix (Afghanistan, Irak). En outre, l’élimination des chefs, Ben Laden ou Al-Baghdadi, ou les revers militaires n’entrainent pas la fin des conflits armés.  Pour les Occidentaux, les stratégies classiques échouent … 

Schéma 6

Schéma 6

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