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TH2 : ANALYSER LES DYNAMIQUES DES PUISSANCES INTERNATIONALES (cours)

11 Novembre 2020 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques Publié dans #SPE 1ere

 

Le géographe Gérard Dorel définit une puissance ainsi : « un État qui dans le monde se distingue non seulement par son poids territorial, démographique et économique mais aussi par les moyens dont il dispose pour s'assurer d'une influence durable sur toute la planète en termes économiques, culturels et diplomatiques » (G. Dorel). Le terme de puissance fait donc référence à une situation, mais aussi à une volonté, une capacité et à une représentation. Dit plus simplement, la puissance est à la fois une réalité, une notion ou un concept.

L’analyse des dynamiques en géographie et en histoire, c’est l’étude des changements, des évolutions, en s’intéressant particulièrement à leurs causes et à leurs conséquences. L’analyse des dynamiques permet de rappeler qu’aucune puissance n’est éternelle, elle émerge, domine, évolue et décline. 

Analyser les dynamiques des puissances, c’est combiner différentes approches.

  • L’approche historique, avec l’analyse des puissances du passé, mais aussi le poids du contexte historique dans l’émergence des puissances actuelles ;
  • L’approche géographique, avec l’étude de la domination spatiale, de l’influence des puissances dans le monde. L’approche géographique insiste sur les moyens et les acteurs de cette influence. 
  • L’approche politique en s’intéressant à la politique de puissance des Etats, les acteurs, leur idéologie et leurs représentations
  • L’approche géopolitique, avec l’étude des rapports politiques des puissances entre-elles et avec les autres Etats. 

  

Comment caractériser la notion de puissance ?  Comment la notion de puissance a-t-elle été renouvelée ? Comment ont évolué les puissances du passé ? Quel tableau des puissances internationales aujourd’hui ?

 

Introduction. 

Les caractéristiques et les fondements de la puissance aujourd’hui 

Pour en savoir plus, lire les deux premières parties du récit sur le blog…

 

Les fondements de la puissance

Définition, caractéristiques

Les fondements traditionnels de la puissance 

Le territoire

Sa taille. Surtout un territoire contrôlé, mis en valeur et aménagé pour les habitants et les activités (métropoles, réseau de transports, façades maritimes)

Les ressources de ce territoire

Le milieu naturel, climat, les terres agricoles, les ressources du sous-sol (hydrocarbures, minerais…)

La population, le peuplement

Le nombre d’habitants. Surtout les dynamiques de cette population : vitalité démographique, niveau d’instruction, mobilité, répartition de la population sur le territoire.

L’Etat, la politique de puissance

Un système politique stable (démocratique ou non) qui contrôle son territoire, soutient son économie et qui est capable de mener une politique d’influence, de puissance ou de défense des intérêts de sa population

Le sentiment national

Population patriote, unie, qui soutient la politique de son gouvernement

Les forces militaires, le hard power

Nombre de soldats, qualité des forces militaires, capacité à mener une guerre, notamment à l’étranger

La capacité à peser dans les institutions internationales

Influencer les décisions dans les institutions internationales : ONU, OMC, FMI, G7/8/20. Peser dans les affaires du monde ; avoir une activité diplomatique intense.

La vitalité économique

PIB, taux de croissance… Mais aussi capacité à attirer investissements et les activités économiques en offrant un environnement économique et social serein

Les nouveaux fondements de la puissance

La culture comme instrument de puissance, le soft power

Capacité à se servir de sa culture (langue, croyances, produits matériels, productions artistiques, mode de vie…) pour étendre son influence dans le monde. Développer des médias et une industrie culturelle 

Des Firmes transnationales, appuis de la puissance

De grandes entreprises présentes dans le monde, symboles de puissance pour leur pays d’origine. 

Maîtrise les avancées technologiques qui font la puissance 

Maîtriser les innovations technologiques qui sont les moteurs de la croissance et qui sont capables de bouleverser le fonctionnement des Etats et des sociétés : internet, intelligence artificielle, biotechnologie, robotique…

Capacité à contrôler et s’imposer dans les nouveaux espaces de la puissance

Nouveaux espaces perçus comme facteurs de puissance : les océans (ressources, contrôle des routes maritimes), l’espace, le cyberespace…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AXE 1. Essor et déclin des puissances : un regard historique 

 

La puissance n’est qu’un moment dans l’histoire des Etats : elle est toujours relative, soumise à des dynamiques, objet de tensions constantes.

  • Jalon 1 : l’Empire ottoman, de l’essor au déclin.  Ce qu’il faut retenir :

 

Expansion

Apogée

Déclin

Chute

Empire Ottoman

XIIIe s. : arrivée des Turcs ottomans en Anatolie ; XIVe s. au milieu XVe s. : principauté en Anatolie et Europe (Edirne capitale)

Du Milieu XVe s. (Prise de Constantinople) à la fin du XVIIe s. Empiresur 3 continents, capitale Constantinople.  « Age d’or » sous le règne de Soliman le Magnifique(1520-1566) 

Fin XVIIe s. au début du XXe s. : déclin économique, pertes territoriales en Europe et Afrique. 

Démantèlement de l’empire 1919-20 ; Fin du sultanat en novembre 1922

 

1) Les fondements de la puissance ottomane [1]

Le territoire : les Turcs ottomans sont arrivés dans l’Ouest de l’Anatolie au XIIIe s. et forment déjà un Etat implanté sur deux continents au moment où ils prennent Constantinople, capitale de l’empire byzantin, en 1453. L’expansion ottomane est rapide. A la fin du XVIe s. ils sont à la tête d’un empire de 5 millions de Km2 s’étendant du Danube, à la Crimée, du Caucase au Golfe persique, de la Mésopotamie au Yémen, de l’Egypte à Alger. Le territoire est un empire, c’est-à-dire une organisation géopolitique qui place plusieurs peuples (Arabes, Arméniens, Slaves, Grecs, Berbères, Hongrois, Roumains...) sous l’autorité d’un seul, les Turcs. 

La population : 30-35 millions d’habitants de cultures et confessions différentes réunis sous l’autorité du Sultan turc et de son administration. L’empire est multiethnique et multiconfessionnel. Les communautés peuvent garder leur spécificités culturelles et juridiques mais sont soumises à l’impôt et à des contraintes sociales car elles ont un statut inférieur à celui des musulmans. Beaucoup se convertissent à l’islam pour y échapper.  L’Empire, grâce à son administration et à son armée (janissaires), permet aussi l’ascension sociale. Néanmoins, la société ottomane est une société esclavagiste et profondément inégalitaire.

L’Etat et l’idéologie. L’idéologie, c’est d’abord l’expansion l’islam. Les Turcs ottomans sont arrivés en Anatolie comme ghazis, combattant de la foi, appelés par la Calife pour défendre de Dar-al-islam contre les Européens et les Mongols. La conquête des terres chrétiennes fait partie intégrante de la politique impériale. De plus, au XVIIe s. le sultan récupère les attributs du calife, ce qui lui confère en théorie une dignité importante auprès de tous les musulmans. Au XIXe s. avec le déclin de l’Empire, les souverains tentent de créer une idéologie impériale autour de la personne du sultan-calife, chef de tous les croyants : l’ottomanisme. Mais celle-ci ne parvient pas à créer un sentiment national à l’échelle de l’empire. L’Etat ottoman est doté d’une bureaucratie efficace, la trentaine de provinces au XVIIe s., sont administrées par des gouverneurs –les beys- et des administrations locales qui conservent leurs traditions politiques. Ainsi les chefs et notables locaux, avant tout chargés de récolter l’impôt, conservent leur autorité et bénéficient d’une large autonomie. Car, la priorité du pouvoir central est de récolter les taxes. 

L’armée. Aux XVe, XVIe et XVIIe s, la conquête militaire permet aux sultans de légitimer leur pouvoir auprès des princes et chefs de guerre turcs. Aussi, XVIe s., l’armée ottomane a une réputation de grande efficacité et effraie les Européens. Cette armée contient des mercenaires, mais surtout des corps d’infanterie permanents évalués à 100 000 hommes au XVIIIe s. C’est un effort financier considérable pour le Trésor ottoman. L’efficacité militaire de cette infanterie est liée à sa discipline au combat et à son sentiment d’appartenance à une élite. Ses membres sont des hommes, qui ont été prélevés jeunes comme butin dans leurs villages chrétiens, qui ont été convertis à l’islam et bien éduqués pour devenir janissaires. Ce recrutement forcé de jeunes chrétiens s’appelle le devchirmé. A partir de ce moment ils sont versés dans l’armée ou dans l’administration. De part leur origine sociale, ils forment un corps soudé qui n’hésite pas à se rebeller pour obtenir ce qu’il souhaite.       

La diplomatie. Malgré sa force militaire, l’Empire ottoman a déployé une activité diplomatique intense car il s’agit pour lui de ne pas rompre les liens qui existaient entre Constantinople et l’Occident chrétien et de trouver des alliés contre ses ennemis : l’Empire Habsbourg de Vienne, l’Empire russe et l’Empire Safavide de Perse (Iran). Le droit islamique permet de conclure des alliances avec des Etats chrétiens tout en affichant l’ambition de combattre les pays infidèles. Ainsi des capitulations, des alliances commerciales et politiques, ont été signées avec les souverains français de 1536 (François 1er) à 1673 (Louis XIV). 

La puissance de l’Empire ottoman est néanmoins toute relative

D’abord parce qu’il atteint son apogée au moment où les Etats européens se renforcent, constituent des empires coloniaux (Espagne, Portugal, Provinces-Unies). Aussi, parce que les nouvelles routes commerciales par l’Océan atlantique et l’Océan indien diminuent la dépendance de l’Europe à l’égard de la Méditerranée orientale. De plus, l’Empire ottoman ne possède pas une flotte qui lui permet de s’imposer sur les mers (défaite maritime de Lépante, 1571). A partir du XVIe s. le centre de gravité de l’Europe se décale donc vers l’Ouest (Espagne, France, Angleterre), l’Empire ottoman profite peu des richesses apportées par cette première mondialisation économique.

Enfin, l’Etat ottoman (appelé aussi en Europe « la Sublime Porte », du nom d’une porte monumentale de la ville) est affaiblie par la corruption, les querelles de pouvoir alors que les provinces et l’armée n’hésitent pas à se soulever. Au XIXe s., au moment où les Etats européens entrent dans la révolution industrielle, modernisent leur armée, réforment leurs lois, leur administration et leur système éducatif, l’Empire ottoman est incapable d’en faire autant. 

2) Le déclin et la disparition de l’Empire ottoman

Au XIXe s., l’Empire ottoman est affaibli sur tous les plans. Quelles en sont les causes principales ? 

Les Européens s’immiscent de différentes façons dans les affaires de l’Empire. Ils le considèrent comme « l’homme malade de l’Europe » qui doit être aidé et inventent la « question d’Orient » qui veut que tous les problèmes de l’empire nécessitent une intervention européenne. Ainsi l’étude de l’Empire ottoman au XIXe s. c’est aussi celle des politiques de puissance des Etats européens (R-U, Empire allemand, France, Italie et Empire russe) et de leurs rivalités.

L’Empire est dans une situation financière catastrophique à la fin du XIXe s. Dans une position géopolitique difficile dès le début du siècle, il tente un vaste mouvement de réformes économiques, administratives et militaires (appelées « Tanzimat » ou réorganisation). Elles visent à transformer l’Empire en un Etat moderne, sécularisé, capable d’affronter les nouveaux défis. Mais la réforme fiscale échoue, l’Empire ne parvient pas à accroitre ses rentrées fiscales, ce qui le contraint à emprunter pour se moderniser. Dans les années 1870, à cause d’un endettement important, il est placé sous la dépendance d’intérêts financiers privés et nationaux étrangers. Les administrations chargées des comptes publics, les grandes banques sont contrôlées par des présidents et des conseillers français, anglais et allemands. Les investissements dans les infrastructures et le développement économique, notamment pour le réseau de chemin de fer, sont faits par des investisseurs étrangers. L’économie turque passe sous tutelle européenne.     

Il perd des territoires en Europe et en Afrique. L’Empire n’est plus, au début du XXe s., qu’une puissance asiatique. En Afrique, ce sont les puissances coloniales française, italienne et anglaise qui acquièrent ou protègent des territoires auparavant sous le contrôle des Ottomans (Algérie, Tunisie, Libye, Egypte). Autour de la mer Noire et dans le Caucase, c’est la Russie qui exerce une pression constante sur les frontières ottomanes. Surtout, dans les Balkans, l’Empire est confronté aux désirs d’indépendance des peuples, doublés d’une influence croissante des empires austro-hongrois et russe. De nouveaux Etats y apparaissent -Grèce, Roumanie, Serbie, Bulgarie, Albanie- et le jeu des puissances, associé aux nationalismes des peuples balkaniques, vont transformer cette région en une véritable poudrière au début du XXe s. Si l’empire ottoman survit aux défaites militaires, c’est uniquement parce que les puissances européennes ont plus intérêt à le voir durer qu’à le voir disparaitre. Les rivalités, qu’une disparition ferait apparaître, pourraient rompre le précaire équilibre européen.       

Enfin, l’Empire est confronté au mouvement des nationalités, largement entretenu par les Européens qui n’hésitent pas à mobiliser leur opinion publique contre la politique de répression turque. Au XIXe s. l’empire multiethnique des communautés religieuses autonomes –les millets- n’existe plus. Par leurs ambitions les puissances européennes portent atteinte à l’intégrité de l’empire en se postant comme défenseurs des minorités : les Russes pour les chrétiens orthodoxes, les Français pour les chrétiens libanais… Les guerres dans les Balkans ont ravivé les tensions interethniques et des milliers de réfugiés parcourent les routes au gré des évolutions territoriales. Même les Arabes développent un nationalisme qui réclame la création d’un Etat arabe détaché des terres turques. Les pertes territoriales et la question des nationalités engendrent des tensions au sein du pouvoir ottoman. La politique d’union autour du sultan ottoman, l’ottomanisme, échoue. L’arrivée des Jeunes-Turcs au pouvoir et les réformes attendues sont sans effet, le pouvoir se radicalise, défend un nationalisme turc –la turcité- qui accélère l’éclatement de l’empire. A la fin du XIXe s. et au début du XXe s. les violences contre les minorités se multiplient : chrétiens du Liban, Arméniens (1896 et 1909), Grecs… 

Le Premier conflit mondial précipite la fin de l’Empire ottoman. Même s’il est soutenu par les Allemands, l’empire est encerclé et battu par les troupes de l’Entente et de leurs alliés. L’armistice est signé le 30 octobre 1918, 4 ans après l’entrée en guerre des Ottomans. Les pertes territoriales liées au traité de Sèvres, envisagées par les Français et les Anglais depuis plusieurs années, provoquent un sursaut national turc autour de Mustafa Kemal. Les dernières victoires turques contre la coalition des Grecs, Français et Arméniens permet, au Traité de Lausanne (juillet 1923), la renégociation des frontières et la fin de la tutelle européenne sur le pays. En même temps, le sultanat est aboli, des échanges de population ont lieu avec les Etats voisins (Grèce et Bulgarie) et la République turque est proclamée en octobre 1923. La disparition de l’empire ottoman marque le début d’une nouvelle ère pour le Moyen-Orient : les Arabes n’ont pas obtenu un grand royaume unifié, en dépit des promesses faites par le R-U ; Kurdes et Arméniens ont été incorporés dans la nouvelle Turquie ; Français et Anglais ont étendu leur influence dans la région en créant des Etats placés sous leur tutelle (Liban, Syrie, Palestine, Jordanie, Irak). 

 

 

  • Jalon 2. Une puissance qui se reconstruit après l’éclatement d’un empire : la Russie depuis 1991Depuis l’effondrement de l’URSS en 1991, quelle est stratégie de puissance mise en œuvre par la Russie afin de rétablir son influence dans le monde ? 

L’étude de la reconstruction de la puissance russe implique d’observer le contexte initial :  la Russie s’inscrit dans un héritage historique : celui de l’Empire russe, et surtout celui l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques fut une des grandes puissances du XXsiècle. 

 

Naissance

Apogée

Déclin

Chute

URSS

Des révolutions russes de 1917 au pouvoir personnel de Staline 

Début des Années 30 (Staline) au milieu des années 60

Milieu des années 60 - Fin des années 80

Evènements de l’année 1991

 

1) Les raisons du déclin et de l’effondrement. L’URSS était un Etat fédéral à régime communiste. Les républiques, tout comme le gouvernement fédéral sont totalement soumis au Parti Communiste (PCUS) et à son secrétaire général. La période de Leonid Brejnev (1965-1982), marquée par la Détente entre les deux blocs, est aussi celle de la stagnation économique et des tensions intérieures qui donnent une mauvaise image du régime dans le monde. La production industrielle s’effondre dans les années 70, seul le complexe militaro-industriel fait figure de secteur privilégié. L’URSS importe de plus en plus de produits manufacturés et agricoles, des entreprises occidentales obtiennent l’autorisation d’investir en URSS et l’économie informelle (non comptabilisée, non-déclarée) se développe. Sur le plan politique l’immobilisme triomphe malgré les accords de coopération et les promesses libérales faites. Les opposants (les dissidents) sont toujours les victimes du KGB, la corruption et le népotisme[2] dominent la vie politique. Au début des années 80, la baisse d’espérance de vie et la hausse de la mortalité infantile sont les signes du déclin et la guerre d’Afghanistan (1979-1989) ne fait que l’accélérer. 

En mars 1985, le réformateur Mikhaïl Gorbatchev devient secrétaire général du PCUS. Il entreprend de réformer les structures économiques en introduisant les libertés d’entreprendre, de commercer et l’autonomie par rapport à l’Etat afin de favoriser les investissements et les échanges avec les entreprises occidentales. C’est la perestroïka. Il veut aussi une évolution du système et des pratiques politiques en instituant les libertés fondamentales, en diminuant le rôle dirigeant du PCUS, en favorisant le multipartisme et les élections libres. C’est la glasnost. Enfin il engage une détente avec l’Occident, notamment en signant des accords de désarmement et en laissant les Etats du Boc soviétique évoluer vers la démocratie libérale. Mais les réformes échouent, ou lui échappent. La situation économique ne s’améliore pas et les inégalités s’accroissent. Surtout, la libéralisation de la vie politique crée les conditions de l’éclatement de l’URSS : naissance de partis nationalistes dans Républiques ; ascension de leaders politiques qui souhaitent l’autonomie politique des Républiques (Boris Eltsine pour la Russie) : résistance des conservateurs communistes qui tentent un coup d’Etat en août 1991. Finalement, Gorbatchev ne peut empêcher la proclamation d’indépendance des premiers Etats (baltes), l’autonomie de la Russie et la création de le Communauté des Etats Indépendants. Le 25 décembre 1991, il démissionne de la présidence d’une URSS devenue vide.              

Sous la présidence d’Eltsine, l’objectif principal est d’enrayer le déclin économique. La « thérapie de choc » menée par Boris Eltsine n’a néanmoins pas permis de redresser la puissance par la voie économique et a généré l’effondrement de l’économie russe (inflation, baisse du PIB, dette). La récession durable qui a marqué les années 1990 a eu des conséquences dramatiques sur la société (épargnants ruinés, pauvreté, enrichissement rapide des « oligarques ») et la vie politique (violences politiques, corruption, népotisme). Elle a remis en question la capacité de la Russie à retrouver sa puissance. 

 

2) Rétablir la puissance de la Russie : l’impulsion des années 2000 sous Vladimir Poutine. La politique menée par Vladimir Poutine est marquée par une volonté plus affirmée de rétablir la puissance de la Russie à différentes échelles. 

Des moyens sont alors mobilisés, quels sont-ils ? 

La Russie s’appuie tout d’abord sur un processus de remilitarisation et en menant des interventions armées dans le cadre de sa politique extérieure. Des démonstrations de force visent notamment à se réaffirmer auprès de son « étranger proche » et à rétablir par la force son influence sur des États qui se sont détournés de la CEI (Géorgie en 2008, Ukraine en 2014). 

Par ailleurs, la stratégie de puissance russe utilise la commercialisation des hydrocarbures par l’entreprise d’État Gazprom comme moyens de pression sur des États en situation de dépendance énergétique (Etats voisins de la CEI et Etats européens). Elle construit un important réseau de gazoducs vers la Chine, en Mer baltique et en Mer noire pour sécuriser ses exportations vers l’Europe. 

Puis, la Russie retrouve peu à peu son influence et sa capacité à peser dans les affaires du monde. Elle intègre le G8 et l’OMC. La conception du monde de Vladimir Poutine est celle d’un monde multipolaire. Il multiplie les partenariats avec les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et réactive la compétition entre puissances en exprimant sa méfiance envers l’Occident qui étend l’OTAN en Europe orientale et soutient des oppositions dans les Etats de la CEI (Ukraine). 

La consolidation de l’influence passe également par la mise en place de regroupements régionaux et de partenariats diplomatiques : la CEI avec un versant défensif, l’Union économique eurasiatique (UEE), la participation à l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS, 2001). Ces partenariats s’inscrivent dans un contexte complexe mêlant coopérations, concurrences et tensions. 

En outre, d’autres moyens sont également mobilisés pour améliorer l’image de la Russie et renforcer son influence culturelle, notamment à travers les médias russes à l’étranger (la chaîne de télévision RT ou encore l’agence de presse Sputnik). La Russie a montré sa capacité à influencer l’opinion publique des autres États comme le montrent les accusations d’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine de 2016 et dans le référendum sur le Brexit. Enfin, les outils d’influence sont également utilisés pour renforcer la cohésion et la conscience nationales au sein de la Fédération de Russie en réinvestissant symboliquement les deux régimes précédents, l’empire tsariste avec l’appui de l’Église orthodoxe et l’URSS avec l’exaltation de la victoire de la Seconde Guerre mondiale. 

Pour autant, la Russie connaît certaines faiblesses qui peuvent altérer sa capacité d’influence et son statut de puissance de rang international. Parmi les fragilités intérieures figurent ses difficultés à moderniser et à diversifier son économie de rente, impactée par l’effondrement des cours des hydrocarbures. La dépréciation de sa monnaie (le rouble) et l’inflation ont entravé la relance de la croissance, tandis que la baisse du pouvoir d’achat a accentué l’appauvrissement de la population et le creusement des inégalités. Dans le même temps, la Russie peut difficilement compter sur son dynamisme démographique (TA population à – 0.15% en 2018) comme vecteur de puissance ou sur son niveau de développement qui reste modeste (IDH à 0.8). Du point de vue territorial, la totalité de l’espace russe (17M de km2) n’est pas forcément bien mise en valeur, l’immensité et les conditions climatiques devenant un handicap. 

Le bilan concernant le rétablissement de l’influence russe dans le monde est également à nuancer. Au sein la CEI, le partenariat de la Russie avec ses voisins n’est pas équilibré, la Russie n’accepte pas les écarts des Etats membres (Géorgie, Ukraine). L’organisation régionale souffre donc de dysfonctionnements. À l’échelle mondiale, les succès remportés en Syrie par V. Poutine font de la Russie un acteur majeur des relations internationales. Mais le pays est également confronté à des sanctions économiques et politiques suite à certaines de ses interventions militaires (suspension du G8 après avoir annexé la Crimée en 2014 ou soutien aux indépendantistes dans l’est de l’Ukraine...). 

Bilan :  la reconstruction de la puissance russe (croquis)

 

[1] Olivier Bouquet, Les Ottomans. Questions d’Orient, Documentation photographique, 8124, 2018

[2] Le népotisme est l’usage de l’influence pour favoriser sa famille ou ses amis.

La reconstruction de la puissance russe (croquis S. Godet)
La reconstruction de la puissance russe (croquis S. Godet)

La reconstruction de la puissance russe (croquis S. Godet)

Axe 2. Formes indirectes de la puissance : une approche géopolitique 

 

Aujourd’hui, les Etats ont recours à des formes indirectes de la puissance. Ils utilisent des moyens traditionnels (la langue, les savoirs) ou plus modernes et innovants (technologies de l’information et de la communication, réseaux de transports et de communications) pour étendre leur influence et s’affirmer. 

Ce sont ces formes indirectes de la puissance qui ont le plus contribué au renouvellement de la notion de puissance. 

 

  • La culture demeure une forme indirecte de la puissance. Dans sa définition large, la culture est ce que partage un groupe humain : langues, savoirs, croyances, produits matériels, productions artistiques et intellectuelles, comportements sociaux… La domination culturelle des puissances est un fait récurrent dans l’histoire. Celle-ci est parfois imposée, souvent acceptée quand le modèle culturel plait, séduit. Plus récemment avec le progrès technologique et l’industrialisation, la dimension culturelle de la puissance s’est approfondie. Il existe maintenant une industrie culturelle dans de nombreux pays dont le but est d’exporter des produits dans le monde entier : films, séries tv, musique, produits alimentaires, produits technologiques… Avec l’internet et la téléphonie mobile, les champs d’action se sont encore élargis dans le temps et l’espace avec le risque d’uniformisation des pratiques culturelles et sociales. La culture relève du soft power –domination douce, sans usage de la force-, elle est partie intégrante des politiques des nouvelles puissances : Japon, Corée du Sud, Chine, Turquie, Brésil, Russie… Par la production de films et de de séries, par la création de chaines d’informations et d’institutions culturelles à l’étranger, ces Etats cherchent à donner une image positive de leur pays, de diffuser des informations et des discours différents et de peser dans les affaires du monde.

La suprématie culturelle repose d’abord sur la langue. 7000 langues sont parlées sur la planète mais seulement une centaine ont le statut de langue officielle d’un ou plusieurs Etats. Surtout, une dizaine ont le statut de langue internationale. Le chinois, l’espagnol, l’anglais, l’hindi sont les langues maternelles les plus parlées dans le monde. Si on considère les langues de la communication, c’est l’anglais qui est le plus utilisé avec plus de 1MM de personnes, devant le chinois, l’hindi, l’espagnol, l’arabe et le français (285M). Les langues internationales n’ont pas toutes la même importance, la plupart des organisations internationales ne reconnaissant que quelques langues, souvent l’anglais et le français. 

Dossier page 134 : l’anglais est la langue officielle d’une soixantaine de pays dont les E-U, le Canada, l’Australie et l’Inde, des pays membres du Commonwealth. Elle est surtout la langue des affaires, de la connaissance et d’internet. Dossier pages 136-7 : le français compte sur l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) qui comprend aussi des Etats non francophones de tradition (Emirats Arabes Unis, Serbie, Mexique…). L’OIF, qui comprend plus de 80 Etats, sert la politique extérieure de la France. Avec l’évolution démographique mondiale, les francophones seront de plus en plus nombreux et majoritairement africains. L’Alliance française, une fondation reconnue d’utilité publique, contribue aussi au rayonnement de la France dans plus de 130 pays. Le chinois n’est langue officielle qu’en Chine, à Taiwan et à Singapour. La Chine encourage l’enseignement du chinois avec les instituts Confucius ; mais ceux-ci, sous contrôle de l’Etat, diffusent un discours qui est souvent en opposition avec celui du pays d’accueil.    

 

  • La notion de puissance a été renouvelée par l’irruption d’acteurs privés puissants : les FTN du numérique. 

Les géants américains du numérique sont des FTN (firmes transnationales), de grandes entreprises qui exercent leurs activités dans différents pays. La mondialisation économiqueest structurée autour des FTN, lesquelles sont de plus en plus capables d’organiser le monde à leur profit. Elles définissent les flux de capitaux, de marchandises et de travailleurs, elles transforment les territoires par la compétition qu’elles leur imposent. Les villes surtout, se transforment en se dotant des fonctions et des lieux métropolitains pour les attirer. Pour son second siège social aux E-U, Amazon a mis les métropoles américaines en compétition. Pourtant les avantages espérés pour les territoires ne sont pas si nombreux (pertes d’emplois, gentryfication). Ainsi, en 2019, New York renonce à accueillir le siège du géant de la vente en ligne.  Avec ces FTN, des capacités d’action échappent aux États comme la localisation de la production, comme les réglementations (droit du travail, protection sociale) ou l’imposition sur les sociétés, car beaucoup de FTN cherchent à y échapper. Le cas des firmes américaines (GAFAM) est ici emblématique.  Les FTN ont des valeurs boursières considérables, approchant les 1000 à 2000 milliards de dollars pour Microsoft, Amazon et Apple en 2020. Les GAFAM ont ainsi une valeur marchande supérieure au PIB de nombreux Etats. Leurs fondateurs/patrons sont parmi les hommes les plus riches du monde, leur influence est comparable à celle des chefs d’Etat. Certains se lancent dans la conquête spatiale ou le de développement de l’intelligence artificielle.

Surtout, ces géants du numérique sont capables de bouleverser les relations politiques et sociales. Les technologies ont engendré des secteurs industriels nouveaux, innovants et dont la puissance a cru rapidement. Ces firmes, qui sont surtout américaines et chinoises, dominent largement leurs secteurs d’activités et entretiennent des liens plus ou moins étroits avec le pouvoir politique. Les GAFAM et les BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) sont des entreprises de vente en ligne, des médias, et des réseaux sociaux … et surtout, des collecteurs de données personnelles et collectives qui peuvent intéresser les entreprises et les Etats. Si l’internet est un formidable outil d’information, de communication et de mobilisation, il est aussi un moyen de contrôle, car il est incontournable dans de plus en plus de domaines de la vie quotidienne et de la vie sociale. Un enjeu pour les entreprises du secteur est de faire en sorte qu’il devienne indispensable, que les individus, les objets et les lieux soient connectés au réseau en continu. Ainsi, leurs serveurs sont vitaux pour les entreprises et les administrations qui doivent conserver des données en grande quantité.  Une somme d’informations qui a une valeur marchande considérable. En outre, en proposant leurs propres services, les géants de l’internet sont en mesure de remplacer ou de s’immiscer dans les autres secteurs d’activité : santé, banque, enseignement, culture. Ainsi certains d’entre eux proposent leurs propres assurances sociales, voire leur monnaie (Facebook). 

Enfin, internet crée un espace virtuel, le cyber espace, d’affrontements et de tensions. D’abord, les puissances du Net sont des entreprises essentiellement américaines, utilisant des capitaux et des sous-traitants techniques américains, cherchant à s’émanciper des câbles sous-marins des opérateurs téléphoniques en posant leurs propres réseaux (doc 5 page 151). C’est un quasi-monopole américain, renforcé par les liens qui unissent ces entreprises avec l’Etat fédéral pour surveiller les Américains et le reste du monde. La Russie et la Chine contestent la suprématie américaine et cherchent à développer leurs propres réseaux et entreprises. Pour les Etats, le Net est un espace qui permet de surveiller et de contrôler les utilisateurs. Il est aussi un espace et un outil d’attaques (cyberattaques), de sabotage, de manipulation, d’extorsion au profit de groupes privés criminels ou d’Etats (carte page 140). Le fonctionnement de certains Etats est ainsi menacé par des attaques visant les systèmes informatiques de santé, de transport ou de production d’énergie. Enfin, le fonctionnement des démocraties est contrarié par les tentatives de manipulation de l’opinion publique par des groupes politiques ou des Etats rivaux. Des suspicions existent concernant le référendum pour le Brexit ou les élections aux E-U et en France (2016-7). 

-  L’exemple du cyber-espace montre comment le contrôle des espaces d’échanges et de communications est un facteur de puissance. Sécuriser les routes commerciales, s’ouvrir à de nouveaux marchés est devenu une priorité pour les puissances. D’abord sur les océans où transitent 80 à 90% du commerce mondial, où passent les câbles sous-marins de communications, mais aussi à l’intérieur des continents pour désenclaver les Etats riches en ressources. Les Etats doivent surveiller ces routes contre la piraterie en établissant des bases militaires le long de ces routes. Ils investissent dans les ports, les routes terrestres afin de faciliter l’intégration des nouveaux territoires dans la mondialisation économique. Développez des routes commerciales par des investissements massifs dans les réseaux transports et les contrôler, c’est l’ambition de la Chine avec les « nouvelles routes de la Soie ». Ce programme titanesque, qui a été dévoilé en 2013, concerne des routes terrestres et maritimes entre la Chine, l’Asie centrale, la Moyen Orient, l’Afrique et l’Europe, soit une soixantaine de pays. Plusieurs centaines de milliards de dollars ont déjà été investis par la Chine dans des infrastructures (villes, voies ferrées, ports…). Ces chantiers inquiètent les Occidentaux car les investissements chinois sont conditionnés à une alliance géopolitique qui fragilise les liens anciens avec les puissances occidentales. En fait, les nouvelles routes de la soie s’inscrivent dans un véritable programme défini par le président Xi Jinping : faire de la Chine la 1ere puissance mondiale à l’horizon 2049.      

Travail conclusif. La puissance des Etats-Unis aujourd’hui

 

Les Etats-Unis restent la première puissance, la seule puissance complète d’un monde devenu multipolaire. Quelles sont les caractéristiques de la puissance ? 

 

Les fondements traditionnels de la puissance 

Le territoire

9.9 M de km2 ; 1ere ZEE du monde grâce à ses territoires insulaires ; territoire aménagé, mis en valeur. Des métropoles : New-York, Los Angeles, San Francisco, Chicago ; des hubs aéroportuaires, une façade maritime sur le Pacifique et sur l’Atlantique. 

New York est considérée comme l’une des premières villes mondiales. Elle concentre les hommes (région urbaine de plus de 20M hab.), la richesse (1400 MM d’euros !), chaque New-Yorkais produit 70 000 euros de richesse /an ! C’est une ville cosmopolite, attractive, 1/3 des New-Yorkais sont nés à l’étranger, elle accueille des étudiants, des artistes du monde entier et 65M de touristes américains et internationaux. Elle est un pôle de commandement économique (Wall Street, la 1ere place boursière), géopolitique (ONU) ; elle est un pôle innovant et influenceur : musées, médias, universités et entreprises de l’internet de la Silicon Alley (Cf doc. p. 154-155). 

Les ressources de ce territoire

Les Etats-Unis présentent une très grande diversité de milieux naturels, propice au développement de l’agriculture et du tourisme. Certains espaces sont protégés depuis le XIXe s. (Grands Parcs). Les climats et les terres offrent une surface agricole utile très vaste (1/3 du territoire environ) et presque tous les types d’agricultures. Le sous-sol est également très riche en hydrocarbures et minerais. Les Etats-Unis sont les 3eproducteurs mondiaux de pétrole brut, mais les 1ers producteurs de gaz naturel. L’exploitation du pétrole de schiste a permis de relancer la production étatsunienne et de contrer les stratégies de contrôle des prix par la Russie ou des Etats du Moyen orient.   

La population, le peuplement

330 M d’habitants. La vitalité de la population est grande : taux d’accroissement de la population de 0.7%/an, notamment grâce à l’immigration (40 millions d’immigrés officiels). La population active est mobile et flexible.

Les Etats-Unis sont une terre d’immigration : les immigrés constituent 10 à 15% de la population ; ils sont d’abord, aujourd’hui, d’origine latino-américaine ou asiatique ; l’immigration clandestine concernerait plus de 10 M de personnes. L’immigration est un enjeu politique car son niveau atteint celui du début du XXe s.  

Le PIB par habitant des Etats-Unis dépasse les 60 000$, ce qui traduit de très hauts niveaux d’activité économique et de revenus. L’IDH est également très élevé (0.9) mais ne souligne pas les inégalités qui caractérisent la population étatsunienne. Les inégalités de revenus ont augmenté depuis la crise de 2008, l’espérance de vie stagne et le système scolaire est en crise, même s’il fournit une élite sélectionnée et formée dans les meilleures universités.  

L’Etat, la politique de puissance

Les Etats-Unis ont un système politique stable, démocratique, républicain et fédéral, qui a peu évolué depuis ses origines au XVIIIe s. Il s’agit d’un régime présidentiel avec une nette séparation des pouvoirs entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, incarné par deux assemblées : le Sénat et la Chambre des Représentants. Les Etats-Unis sont un Etat fédéral, chacun des 50 Etats possède ses pouvoirs exécutif et législatif.

L’Etat fédéral soutient son économie, pratique une politique d’influence ou de défense de tous les intérêts américains. Les institutions fédérales sont mises au service de ces intérêts : CIA (Central Intelligence Agency) et NSA (National Security Agency) ont des compétences dépassant largement la défense et la sécurité, puisqu’elles pratiquent le piratage des données des entreprises, des gouvernements et des particuliers dans le monde entier. C’est ce qu’a révélé Edward Snowden en 2013.

Les Etats-Unis ont une politique d’influence et de puissance ancienne, même s’ils ont été plus ou moins interventionnistes dans les affaires du monde. Les Etats-Unis ont refusé d’entrer dans la SDN, limitant ses capacités ; ils ont imposé leur système monétaire au monde après 1945 ; ils bénéficient d’un droit de veto à l’ONU, ce qui leur permet de s’opposer à toute décision les pénalisant ou pénalisant leurs alliés. De plus, ils peuvent imposer un embargo aux Etats qu’ils jugent menaçant… 

Le sentiment national

La population est patriote mais elle divisée entre les partisans d’une Amérique ouverte au monde diffusant ses valeurs : la démocratie, le libéralisme économique et les partisans de l’«America first », l’Amérique d’abord, qui défend ses intérêts et se détourne des accords internationaux (dossier pages 158-159). 

Les forces militaires, le hard power

40% des dépenses militaires mondiales sont faites par les E-U ; ces dépenses profitent à un complexe militaro industriel puissant (Boeing Lockheed Martin, General Dynamics), également tourné vers l’exportation d’armes ; les E-U possèdent une armée moderne, de 2M de soldats, capable de se projeter partout dans le monde et déployée dans 770 bases sur tous les continents (carte page 150).  

La capacité à peser dans les institutions internationales (carte page 153)

Les Etats-Unis sont l’un des membres-fondateurs de l’ONU (droit de veto, principal contributeur financier). Ils influencent les décisions des institutions internationales qu’ils ont fortement contribué à développer : OMC, FMI, G7/8… Ils sont à la tête d’organisations économiques régionales (APEC, ALENA…) et militaires (OTAN…), même si la présidence de D. Trump se traduit par une redéfinition de leur participation et de leurs engagements avec leurs alliés. 

Selon les contextes géopolitique et géoéconomique, les Etats-Unis adoptent une attitude qui penche vers le multilatéralisme[1] ou l’unilatéralisme[2]. A la fin de la Guerre froide, le gouvernement américain, confiant en sa puissance, n’hésite pas intervenir militairement seul (Irak, 2003), à refuser des accords internationaux (ratification de la COP 21, signature des Accords de Montego Bay sur le droit de la mer, reconnaissance du Tribunal pénal international) ou à quitter des organisations internationales (UNESCO). Avec D. Trump, cet unilatéralisme tourne au nationalisme (« America first »). Le président républicain prend le contrepied de son prédécesseur, B. Obama (2009-2017), qui avait reconnu la nécessité du multilatéralisme dans un monde devenu multipolaire (dossier page 152-153).  

Enfin, les E-U possèdent la 1ere représentation diplomatique au monde (Carte page 150).

La vitalité économique

1er PIB du monde :  20 000 MM de $, taux de croissance élevé … Des secteurs dynamiques : d’abord les services, puis l’industrie : chimie, biotechnologie, informatique, technologies de l’information et de la communication, aérospatiale, santé, biotechnologie, armement. Les Etats-Unis sont les premiers investisseurs mondiaux. 

La production de richesse est néanmoins concentrée dans quelques Etats : la Californie, le Texas et l’Etat de New York qui représentent 1/3 du PIB étatsunien !

L’agriculture demeure un instrument de la puissance américaine, même si sa part dans le PIB est faible. Le pays est le deuxième producteur mondial derrière la Chine ; la balance commerciale est excédentaire et la Chine est son principal client. Les E-U ont une agriculture intensive, commerciale, largement subventionnée et dominée par de grandes firmes (Cargill, Pepsi Co, Coca Cola, Kellogg…). Les exportations ne cessent d’augmenter et les accords commerciaux sur l’agriculture sont l’objet de nombreux litiges, notamment avec l’UE. Avec la présidence Trump, les accords de libre-échange sont renégociés, y compris avec les anciens partenaires (Mexique, Canada…), l’agriculture américaine pourrait ainsi en souffrir. Les Etats-Unis sont parmi les premiers exportateurs de produits agricoles dans presque tous les types de production. En outre, l’aide et les exportations alimentaires sont un instrument politique avec les pays qui en dépendent, on parle d’«arme alimentaire ». Avec l’augmentation de la demande mondiale et les conséquences encore mal connues du dérèglement climatique, l’agriculture pourrait devenir un secteur clé de la puissance américaine. 

 

Les nouveaux fondements de la puissance

La culture comme instrument de puissance

Les Etats-Unis se servent de leur modèle politique et économique, mais aussi de leur modèle culturel pour étendre leur influence dans le monde entier. C’est le Soft power. L’influence culturelle, c’est d’abord la langue internationale, l’anglais utilisé dans l’enseignement, les échanges économiques, la diplomatie et sur internet.  C’est aussi le mode de vie (banalisé à travers le monde), les croyances (églises évangéliques américaines influentes), les productions artistiques (films, séries, musique …) ou les médias. La culture est perçue comme un produit de masse pour une classe moyenne avide de consommation, de loisirs et de divertissement. L’industrie culturelle américaine est au service de la puissance du pays, elle en respecte les valeurs et se doit d’en donner une image positive. C’est en particulier le cas de l’industrie cinématographique d’Hollywood (p. 156). Le secteur est dominé par des FTN, telle que Disney, une entreprise présente dans le monde entier, aux activités diversifiées (médias, films, séries, émissions tv, parcs d’attractions, spectacles…). Sa croissance s’est accélérée par des acquisitions majeures : Pixar, Marvel, Lucas film, 20 Century Fox… 

Des Firmes transnationales, appuis de la puissance

Parmi les 100 premières FTN du monde, plus de la moitié sont américaines : les GAFAM pour la capitalisation boursière, Walmart, Exxon pour le chiffre d’affaires par exemple. 

Maîtrise les avancées technologiques qui font la puissance 

Les Etats-Unis sont à l’origine d’innovations productrices de croissance et capables de bouleverser le fonctionnement des sociétés. A ce titre, la Californie est considérée comme un « Etat laboratoire ». Cet Etat de presque 40 M d’habitants, qui a un PIB supérieur à celui de la France, possède un esprit innovant, tant dans le domaine des moeurs, des modes de vie, que celui de l’industrie high-tech. Le symbole en est la Silicon Valley, un pôle technologique au S-E de San Francisco qui réunit des laboratoires, des universités, des investisseurs, plus de 10 000 entreprises technologiques et les sièges sociaux de FTN de l’internet (Apple, Facebook, Alphabet/Google…). 2.5 M personnes vivent dans son périmètre, l’attractivité y est importante (40% des habitants sont nés à l’étranger) et les revenus élevés. La Californie et l’Etat est le plus innovant des E-U, elle est suivie de l’Etat de New-York et du Massachusetts (Boston : page 157). Les Etats-Unis représentent plus de 30% des dépenses en recherche et développement mondiales.        

Enfin, ils ont les plus grandes capacités pour contrôler et s’imposer dans les nouveaux espaces de la puissance : les océans (page 165), l’espace et le cyberespace. La naissance de la puissance spatiale américaine est liée à la compétition avec l’URSS pendant la Guerre froide. En 1958, est créée la NASA(National Aeronautics and Space Administration), une administration chargée de mettre en œuvre des programmes aéronautiques et spatiaux civils. Des années 60 à 90, elle met en œuvre la conquête de la lune, l’exploration du système solaire et la construction de la navette spatiale. Depuis, ce sont la station orbitale (ISS), les missions scientifiques et d’exploration, la mise en oeuvre de missions habitées de longue durée qui constituent ses missions. Les moyens financiers de la NASA sont considérables, mais sont négociés chaque année et dépendent de choix politiques. Les puissances émergentes (Chine, Inde… ) font de l’espace un nouvel espace de compétition, le budget de la NASA a donc augmenté ces derniers années. En 2019, sous l’égide du président Trump, les E-U se dotent d’une « force de l’espace », une branche de l’armée chargée d’assurer la domination spatiale. De plus, des acteurs privés puissants sont apparus dans le domaine spatial : Space X, Bleu origin, Virgin galactic. L’industrie spatiale américaine est très présente dans les Etats de Washington, Californie, Texas, Floride.    

 

[1] Multilatéralisme : attitude qui consiste à privilégier les relations interétatiques et la prise de décisions collectives afin d’établir des règles communes dans les relations internationales 

[2] Unilatéralisme : attitude qui consiste pour les Etats-Unis à prendre seuls ses décisions, en fonction de ses propres intérêts, sans concertation avec ses alliés ou la communauté internationale.

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