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L’Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud (v. 2020)

3 Avril 2020 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques Publié dans #Term. ES 2015

Une cinquantaine d’Etats et territoires dépendants, un peu moins de 30% des terres émergées et un peu plus d’1 MM d’hab. en 2017.

Le continent américain regroupe des Etats aux profils culturels, sociaux et économiques très contrastés. Par-delà ces différences, un processus d’intégration régionale y est en cours à différentes échelles.

En quoi les initiatives d’intégrations régionales révèlent-elles les tensions qui affectent le continent américain ?

 

I – D’importants contrastes entre le Nord et le Sud du continent

« Les Amériques, un pluriel qui a du sens » Géopolitique des Amériques, Nathan Nouveaux continents, 2014.

Cartes p. 224-225.

A – D’abord, de richesse et de développement

- Des contrastes de richesse. Le PIB des E-U (18 000 MM de $) est 10 x supérieur à celui du Brésil, 15x supérieur à celui du Mexique. Les PIB/hab révèlent les mêmes contrastes : sup à 50 000 $/hab. aux E-U et Canada ; sup 10 000$/hab. au Brésil et Mexique ; 15 000$ aux Chili et Argentine.  PIB/hab. élevé dans les îles dépendantes, touristiques, ou les paradis fiscaux des Caraïbes. 

L'Amérique du Nord est l'un des pôles majeurs de la Triade. Leaders, les Etats-Unis ont le PIB nominal le plus élevé du monde (En parité de pouvoir d’achat, il serait doublé par la Chine). L'Amérique Latine, moins bien intégrée au commerce mondial, a un PIB/hab. par conséquent plus faible. Le Brésil s'affirme comme une puissance régionale de l'Amérique du Sud et comme la 8ème puissance mondiale en 2016 entre l’Inde et la Russie. Le Mexique est classé parmi les 20 premières puissances au monde.

- Des contrastes de développement moins marqués. Beaucoup de pays ont un niveau de développement élevé, c’est-à-dire > 0.7. Seuls les E-U, le Canada, le Chili et l’Argentine ont un niveau de développement supérieur à 0.8, voire 0.9 pour les deux premiers. Les petits Etats d’Amérique centrale ont un IDH moyen autour de 0.6, et l’île d’Haïti a un IDH faible, vers 0.45.

- Les inégalités de richesse et de développement se retrouvent à toutes les échelles. Le Brésil a un IDH moyen de 0.75, mais les contrastes de développement sont importants entre le Nord (Amazonie), le Nordeste, aux niveaux de développement faibles, et le et Sud, ou le Sudeste aux niveaux de développement élevés (0.8-0.9). De telles inégalités se retrouvent à l’échelle des aires urbaines, où se côtoient quartiers aisés et quartiers pauvres, souvent précaires et illégaux en Amérique latine.

B – des contrastes de population

- Le peuplement. Le continent américain est peu peuplé : à peine plus 1 MM d’habitants, soit une densité de 23 habitants au km2. Mais les contrastes de peuplement sont importants. Se côtoient de grands Etats très peuplés E-U >320 M, Brésil 205M et Mexique >120 M, mais à la densité faible (Argentine : 15 ; Brésil : 24 ; E-U : 34 hab./km2), et petits Etats d’Amérique centrale ou îles densément peuplés (Salvador, Honduras, Porto-Rico, Jamaïque…), voire surpeuplés (Haïti avec 400hab/km2). Les contrastes de peuplement se retrouvent au sein des pays, puisque la population est essentiellement concentrée sur les littoraux, dans les grands fleuves ou sur les plateaux en altitude (Andes, Mexique).

- Les contrastes culturels sont également importants même si le continent est marqué par le multiculturalisme : l’anglais domine au N, l’espagnol et le portugais au S ; les Eglises protestantes, évangéliques au N, le catholicisme au S ; mais Eglises évangéliques sont particulièrement actives au sud du continent. Deux aires de civilisation constituent le continent : aire anglo-saxonne/ aire de civilisation latino-américaine ; la fracture numérique existe aussi, les E-U, le Canada, le Mexique, l’Argentine et le Chili sont mieux connectés à internet.

- Partout la ségrégation socio-spatiale et la ségrégation ethnique, c’est-à-dire la séparation des groupes en fonction de leurs revenus et de leur appartenance ethnique. Celle-ci est plus marquée au Nord du continent (Etats-Unis) qu’au Sud où s’est développée une identité et culture communes et un métissage important (Brésil). De manière générale, les populations natives et noires sont les plus marginalisées.

C- Des contrastes politiques

- Démocraties libérales au N fonctionnant bien / démocraties récentes souvent imparfaites au Sud du continent, minées par la corruption, la tentation autoritaire, où s’affrontent socialistes et libéraux… Au Brésil, par exemple, la présidente Dilma Rousseff a été destituée en 2016 par les parlementaires à cause d’accusations de corruption. Sur tout le continent, la tentation du populisme est grande : au Brésil avec l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro en 2019, y compris aux Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump en 2017. Le populisme est un discours et un courant politique critiquant les élites, prônant le recours au « peuple » incarné en une personne charismatique.

Il existe différents critères pour qualifier les régimes politiques : le déroulement du processus électoral, le pluralisme politique, la participation et la culture politique, le fonctionnement du gouvernement et le respect des libertés civiles. Un indice de démocratie a été établi par The Economist et permet de distinguer les démocraties, les démocraties imparfaites, les régimes hybrides, les régimes autoritaires. 

- Seule l’île de Cuba possède un régime autoritaire ; le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur et quelques Etats d’Amérique centrale ont des régimes hybrides, les institutions sont démocratiques, mais les pouvoirs sont concentrés et leur pratique plus autoritaire (cf cas du Venezuela p. 228-9)

 

II – Un continent instable

A – La contestation de la domination américaine

- Depuis doctrine Monroe au 19e s. les E-U entendent assumer la sécurité sur le continent et interdire l’intervention européenne. Durant ce siècle, les E-U se dotent des moyens militaires et d’une idéologie expansionniste. Ainsi apparait la notion de « destinée manifeste » des E-U qui ont comme devoir de se répandre dans le monde pour assurer « le libre épanouissement » des peuples. Au nom de ce principe, les E-U n’hésiteront pas à intervenir contre les « mauvais gouvernements », c’est la politique du « gros bâton » du président Th. Roosevelt. L’interventionnisme américain sera particulièrement important pendant la guerre froide (cf cours sur les E-U et le monde). Celui-ci se double d’un expansionnisme économique, l’Amérique latine est restée l’espace privilégié des IDE étatsuniens au XXe s. Cet expansionnisme est ancien et s’accroit avec la construction et le  contrôle du Canal de Panama (1914-1999).

- Cette hégémonie a suscité de nombreuses contestations, parfois anciennes. Pendant la guerre froide, l’Amérique latine devient un théâtre de l’opposition Est/Ouest. Les guérillas de type marxiste s’opposent aux dictatures souvent installées et soutenues par les E-U. Certains groupes armés ont duré bien après la fin de la guerre froide (FARC en Colombie jusqu’en 2016 : carte p. 227). Dans les années 80-90, les Etats endettés subissent les plans d’ajustement structurels (PAS) imposés par le FMI et les gouvernements néolibéraux occidentaux. 

- Avec la fin de la guerre froide, le retour de la démocratie et l’intégration économique, des mouvements socialistes sont parvenus au pouvoir et contestent la suprématie américaine au Brésil (I. Lula du Parti des travailleurs à partir de 2003), en Argentine, Venezuela (H. Chavez), Uruguay, Bolivie (E. Morales), et Chili …  Certains Etats, Cuba, Venezuela, Bolivie et Equateur, forment l’Alliance bolivarienne (ALBA-2005) ouvertement anti-américaine ; ceux du continent sud-américain forment l’UNASUR, et contribuent à l'échec du projet de Zone de Libre Echange des Amériques souhaité par les E-U. Cependant, après 2015, ces gouvernements de gauche sont à leur tour contestés, de nombreux peuples votent pour des politiques de « droite » (Argentine, Brésil, Chili…).

- Enfin, l’Amérique latine se tourne vers l’Asie. Des migrants et capitaux asiatiques arrivent et  les Etats sud-américains accroissent leurs liens diplomatiques et économiques avec les Etats asiatiques, surtout la Chine. 

B- La violence facteur d’instabilités

- La violence est très présente sur tout le continent. Elle est d’abord liée aux inégalités sociales, à l’exclusion des populations pauvres dans les bidonvilles, les banlieues et parfois dans certains quartiers centraux des villes. La violence se développe quand l’intégration des populations pauvres n’est pas prise en compte par les autorités urbaines. La violence existe aussi dans les campagnes, notamment au Brésil où l’accaparement des terres cultivables se fait au détriment des petits paysans. La paysannerie sans terre est souvent l’objet de violences de la part des grands propriétaires lorsque celle-ci s’installe sur des terres non cultivées. 

- La violence est aussi liée à l’action des organisations criminelles (mafias, gangs), aux trafics, aux guérillas, aux revendications des peuples indiens opprimés (populations du Chiapas au Mexique)… La violence politique est omniprésente, certains Etats engagent des moyens militaires et policiers pour lutter contre ces différentes organisations. La guerre contre les FARC en Colombie aurait fait plus de 200 000 morts, celle du gouvernement mexicain contre les narcotrafiquants environ 50 000 victimes ! Des moyens équivalents sont parfois utilisés contre les manifestants, pour pacifier les favelas (au Brésil avant la Coupe du monde doc. 4 p. 227)… 

- Les taux de criminalité, notamment d’homicides, en Amérique latine sont parmi les plus élevés du monde. Notamment au Salvador, au Honduras, au Venezuela, au Brésil, au Mexique où les taux d’homicides sont de 5 à 20x supérieurs à celui des E-U !  

C- Les tensions entre Etats

- Il n’y a pas de conflits armés récents entre les Etats américains mais des tensions existent. D’abord des litiges frontaliers entre la Bolivie et le Chili, entre la Colombie et les Etats voisins. Le développement du populisme et du nationalisme aggravent les tensions, par exemple entre le Mexique du nouveau chef d’Etat socialiste, Manuel Lopez Obrador,  et les E-U de D. Trump, entre le Venezuela en crise de N. Maduro (qui a succédé à H. Chavez en 2013) et la puissance Nord-américaine. Des tentatives de résolution d’anciens conflits ont toutefois été tentées, par exemple entre les E-U et Cuba pendant le deuxième mandat de B. Obama.

- Des tensions existent pour la délimitation des ZEE, notamment dans la mer des Caraïbes, entre la Colombie et le Nicaragua par exemple. Même si ces oppositions ne sont pas des points chauds du globe, la découverte d’hydrocarbures les ravive souvent. Ainsi, l’opposition entre l’Argentine et le R-U à propos des iles Malouines (Falkland), qui avait provoqué une guerre en 1982, est réactivée par la découverte d’hydrocarbures.

- Etude de cas : Venezuela, pages 228-229. Le Venezuela est un pays confronté à des tensions importantes à toutes les échelles. Q1 : d’abord avec les autres Etats du continent. Pour des raisons idéologiques et politiques, la nature du gouvernement Chavez/Maduro (République socialiste, populaire et présidentielle) est contestée par la Colombie, les Etats-Unis, puis par d’autres Etats du Sud au fur et à mesure que les partis de gauche y perdent le pouvoir. Cette opposition idéologique renforce les tensions frontalières et pour les ZEE, notamment avec la Colombie. Q2 : Les tensions internes augmentent avec les difficultés économiques (inflation, pénurie), le gouvernement, miné par la corruption, est de plus en plus contesté par la population… Les inégalités sociales s’accroissent, la violence aussi (doc. 5). Le Venezuela, pays riche en hydrocarbure, leader de l’intégration régionale au début du XXIe s., s’enfonce dans la crise… A partir de 2015, elle devient politique, l’Assemblée opposée à Maduro, tente de le destituer, J . Guaido, président de cette assemblée, s’autoproclame président. La violence augmente entre les deux camps, de nombreux Vénézuéliens quittent le pays en crise. Maduro est critiquée par de nombreux Etats sud-américains et les puissances occidentales réclament son départ. La crise devient internationale, Maduro est soutenu par la Russie.   

 

III – Un continent en voie d’intégration  

 

A – L’ouverture économique des Etats sous l’influence des organisations internationales et des E-U

- Beaucoup d’Etats ont connu une crise financière importante dans les années 80 en raison des choix politiques et économiques adoptés durant les décennies précédentes et du contexte économique mondial. Sous l’influence des économistes libéraux étatsuniens et des contraintes du FMI avec les Plans d’Ajustements Structurels (cf cours sur le nouvel ordre économique mondial), les Etats ont dû faire d’importantes économies budgétaires, privatiser leurs entreprises nationales, ouvrir leurs frontières et baisser très fortement leurs droits de douane. C’est le Consensus de Washington (1989), auquel prennent part une majorité d’Etats latino-américains. 

- Cette libéralisation de l’activité économique a des conséquences sociales importantes (chômage lié aux restructurations, disparition des entreprises les moins concurrentielles, pauvreté), mais permet le décollage économique de cette partie du continent. Aussi l’arrivée des partis socialistes au pouvoir dans les années 2000 (Brésil, Argentine…) ne remet pas en cause cette évolution économique, sauf en Bolivie où E. Morales décide de nationaliser les entreprises d’extractions.    

- Le dollar demeure la monnaie des échanges et de réserve car les Etats latino-américains ne peuvent garantir la stabilité de leur propre monnaie. Pour rassurer les investisseurs, les épargnants, la monnaie étatsunienne circule librement.

 

A – L’intensification des flux …

- De marchandises. Des produits agricoles, de matières premières notamment les hydrocarbures et les minerais. Le développement économique de nombreux Etats doit beaucoup aux ressources naturelles, on parle de « primarisation des économies », ce qui pose des problèmes sociaux et environnementaux quand les populations se sentent menacées ou ne profitent pas de leur exploitation. Les flux de marchandises sont avant tout des flux Sud-Nord, vers les E-U ou l’Europe, mais aussi vers la Chine … L’intensification des flux concerne aussi les services, les produits manufacturés…

- De capitaux, notamment des IDE vers le Sud du Continent. Les Etats ont décidé d’offrir des avantages fiscaux aux firmes et investisseurs étrangers. C’est d’abord la multiplication des zones franches, à l’instar de celle de colon (Canal de Panama, page 252), puis le développement des maquiladoras, usines d’assemblages d’origine étrangère au Mexique qui emploient environ 1M de personnes (2700 usines). Cf dossier pages 182-183. Mais aussi des flux financiers offshores, vers les paradis fiscaux, notamment les Bahamas ou les Iles Caïman  

- Accroissement très rapide, à partir des années 1990,  des flux de touristes dans le bassin caraïbe et en Amériques centrale et du sud venant du N du Continent ou du reste du monde (entre 50 et 60M de touristes en 2012)

- Parmi les flux, il y a celui des migrants, notamment de l’Amérique centrale vers le Nord du continent. Le contrôle de ces flux est devenu un enjeu politique majeur dans de nombreux Etats, notamment aux E-U. 

- Enfin les trafics de drogue. La production et le commerce des produits stupéfiants représentent une place importante dans les économies latino-américaines, surtout au Mexique, en Colombie. Les E-U ont conclu des accords de coopération avec de nombreux Etats pour lutter contre ces trafics. 

 

C - Les organisations internationales régionales 

- Cartes p. 265 ; Doc 1, 3 p. 227. Des associations parfois anciennes, nombreuses, à différentes échelles. Des associations d’Etats souvent peu efficaces à cause des rivalités entre Etats, des inégalités entre sociétés etc…

- Deux associations régionales se démarquent, nées dans les années 1990, dans un contexte politique libéral, avec le dessein de développer les échanges entre les Etats membres. D’abord l’ALENA (NAFTA) en 1994 entre le Canada, le Mexique et les Etats-Unis (presque 500 M hab., PIB > 20 000 MM de dollars) qui diminue fortement les droits de douane entre les Etats, supprime les subventions, facilite les investissements … Le Traité est cependant critiqué pour ses conséquences sociales et environnementales. Puis le Mercosur, regroupe à partir de 1991, 6 Etats (Brésil, Paraguay, Uruguay, Argentine, Venezuela, Bolivie) qui développent des politiques communes dans de nombreux domaines : transport, communication, finance, commerce etc… Cette zone est dynamisée par Brésil et l’Argentine, et est fragilisée par les inégalités et les rivalités entre Etats.

- Plus récemment une association a manifesté une ambition de coopération importante : l’UNASUR (Union des nations sud-américaines, 2004) qui regroupe tous les Etats du Sud du continent, soit plus de 400 M d’habitants. Elle veut faire échec à la volonté étatsunienne de créer une zone de libre- échange à l’échelle du continent (projet de ZLEA) et copier l’UE avec des projets d’intégration économique, politique, afin de constituer une puissance géopolitique. Et, depuis 2011, les Etats d’Amérique centrale et du sud se retrouvent dans la CELAC, la communauté des Etats latino-américains et caribéens.

- En 2020, le fonctionnement de ces organisations est contrarié par les nouveaux standards des politiques de D. Trump ou de J. Bolsonaro. Le premier veut revoir les conditions de fonctionnement de l’ALENA, le second se désengage de la CELAC. En outre, de nombreux Etats ont quitté l’UNASUR, les rivalités l’emportant sur les politiques d’intégration. 

 

 

CCL : Difficile d’évaluer les niveaux d’intégration à l’échelle du continent américain. Deux points de vue opposés : pas d’intégration car trop de tensions et d’inégalités ; … ou intégration de fait par les échanges économiques, sous l’impulsion des E.-U.  

PS : M = million ; MM= milliard

L’Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud (v. 2020)
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