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Syndicalisme, socialisme, communisme en Allemagne depuis 1875 (v. 2016)

3 Février 2017 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques

Introduction

Avec la Révolution industrielle, les ouvriers vont tenter de s’organiser, de s’entraider, d’agir pour améliorer leurs conditions de vie = c’est le mouvement ouvrier.

Ce mouvement s’organise en syndicats (organisations chargées de défendre les intérêts professionnels des travailleurs) ou en partis politiques défendant les ouvriers.

Industrialisation de l’Allemagne fut rapide à partir du milieu du XIXe s. entrainant le développement d’une classe ouvrière nombreuse (40% de la pop active en 1910), urbanisée.

Peur des élites = encadrer les ouvriers, répression tout en faisant des lois sociales.

Mouvement ouvrier puissant, actif dans un environnement politique peu enclin à l’accepter : Empire où Reichstag (vote des lois, budget, ne peut contrôler l’exécutif) conçu comme instrument pour renforcer l’exécutif (empereur + chancelier).

Problématique : Quelle est la place du syndicalisme, du communisme et du socialisme dans la création et l’évolution du mouvement ouvrier allemand ?

 

I – Le rôle du socialisme et du syndicalisme dans la formation du mouvement ouvrier allemand

A – Un mouvement ouvrier de masse en Allemagne

Tableau d’Otto Griebel p. 153

Montrez comment l’artiste représente la solidarité ouvrière et l’internationalisme, et indiquez ce que ce tableau révèle de son propre engagement.

- Présentation : otto Griebel (1895-1972) peint vers 1929-30 : contexte république de Weimar, montée du nazisme, vécut à Dresde foyer du mouvement ouvrier, perdit majorité de ses œuvres en 1945. Membre du Parti communiste, vécut en RDA = artiste engagé.

- Analyse : se représente parmi la masse des ouvriers allemands qui chantent l’Internationale ; chant révolutionnaire français des années 1870-71 ; masse soudée, compacte, unie de salariés revendiquant (changement de société), s’opposant (au nazisme, à la république de Weimar).

- Intérêt : nouveau courant art. « nouvelle objectivité » = courant de peinturé réaliste, détaillée (rejette l’expressionnisme) qui décrit avec précision la société contemporaine : vision assez pessimiste. Peintre marxiste.

Mouvement ouvrier allemand puissant : plus de 3 M de syndiqués en 1914.

1892 : création de Confédération allemande des syndicats, 3 M de membres en 1914, 5 M aujourd’hui.

Diversité des syndicats : socialistes, chrétiens, « libéraux » (refusent la lutte des classes, veulent négocier).

B – 1875-1891 : la naissance du Parti Social-Démocrate allemand (SPD)

Doc. 2 page 135

1875 : Congrès de Gotha = fusion des partis socialistes allemands.

En quoi le programme du Congrès de Gotha est-il marxiste ?

Marxiste : salariat comme seule cause de la misère ; mouvement ouvrier doit être international. Créer un Etat socialiste qui doit organiser la production sous contrôle des ouvriers et qui doit réduire la pauvreté.

Peur des élites = Bismarck interdit les mouvements socialistes (1878-1891) et accorde des droits sociaux aux ouvriers (assurance maladie, loi sur les accidents du travail, retraites, inspecteurs du travail …). Ces mesures n’ont toutefois pas des conséquences immédiates dans la vie des ouvriers.

Jusqu’en 1890, le SPD est dans la clandestinité. Il se structure et s’implante dans les régions industrielles. Ainsi, lorsqu’il est à nouveau autorisé, il remporte presque 20% des voix aux élections.

1891 : Congrès d’Erfurt.

Doc. 1 page 136 : Q1 Quel est le poids des idées révolutionnaires dans le parti ? + Doc. 3

Le caractère révolutionnaire du SPD est réaffirmé au congrès d’Erfurt. La classe ouvrière doit conduire la révolution par la lutte politique contre le pouvoir capitaliste.

Doc. 3. Le SPD contrôle les syndicats, encadre les ouvriers, notamment leur vie quotidienne des ouvriers par le biais de coopératives et d’associations.

C – Un parti de masse en évolution

Doc. 1 page 134

Même si le programme est marxiste, le SPD participe à toutes les élections au reichstag à partir de 1890. Cette participation soulève une contradiction au sein du parti : celle de la participation au pouvoir politique ! Une partie des membres du SPD veut réformer la société en participant au pouvoir.

Diapo : Doc. 2 page 136 : Pourquoi le parti est-il amené à évoluer ?

Eduard Bernstein demande à ce que le programme soit modifié dans un sens réformiste : c’est le révisionnisme.

Déjà, il avait rédigé la seconde partie du programme d’Erfurt, moins marxiste, qui réclame des réformes démocratiques et sociales.

« un parti des réformes démocratiques » = seul moyen d’ « effectuer la transformation socialiste de la société » car marxisme dépassé (phraséologie du passé).

Pourquoi le réformisme ? Les réformes sociales ont fait évoluer la société allemande, le niveau de vie a progressé, une classe moyenne a émergé. Le changement de société apparait possible par le biais des réformes politiques et la négociation avec le patronat.

Pourtant le capitalisme allemand encore puissant au tournant du siècle et est soutenu par le régime impérial. Aussi l’agitation sociale est importante, les grèves se multiplient, la violence est utilisée contre les manifestants et grévistes. Le SPD promet une meilleure société débarrassée de la violence du capitalisme. En 1912, le SPD est le premier parti au reichstag mais ne participe pas au pouvoir !

Doc. 5 p. 137

1914 : vote les crédits de guerre = oubli de l’internationalisme au profit du nationalisme. Le SPD légitime le conflit, peu condamnent la « guerre impérialiste »

 

II – Le mouvement ouvrier face au pouvoir : participation ou action révolutionnaire ?

A – La naissance du Parti communiste (KPD) et l’échec de la révolution (1918-1919)

- Guerre divise le mouvement ouvrier

Ceux qui refusent le ralliement à la guerre sont à l’origine du parti social-démocrate indépendant (USPD) et de la ligue spartakiste (futurs communistes) : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, les principaux leaders.

- Influence de la Révolution russe (1917)

- Abdication de l’empereur et la proclamation de la République le 9 nov. 1918. Le SPD parvient au pouvoir, mais sa position est fragile

Dossier page 138-139 : L’Affrontement.

2) SPD : république parlementaire « sans rupture de l’ordre public » « besoin de légalité, d’ordre » = refus de l’action révolutionnaire, maintien des cadres institutionnels existants ; Spartakistes : refus du passé, abolition du capitalisme, ouvrier doit devenir acteur du changement.

3) refus du régime en place qualifié de bourgeois, poursuite de la révolution (étendue à l’Europe), république dirigée par des Conseils d’ouvriers, de soldats ou de paysans. Un parti communiste allemand, KPD, est créé en décembre 1918.

4) Guerre civile car SPD vainqueur des élections fait appel à des corps francs (paramilitaires) contre les spartakistes armés, appuyés par des ouvriers et des soldats (mutineries des marins de Kiel) = exactions commises : assassinats de Liebknecht et Luxemburg.

B – Le SPD et le pouvoir (1919-1933)

- Le SPD au pouvoir jusqu’en 1920 dans un contexte économique et social (occupation française, Réparations, crise économique et inflation)

Texte : accord Stinnes Legien ; 5 page 139

- Réformes sociales importantes : reconnaissance des syndicats, limitation de la durée de travail à 8h ; conventions collectives : accords passés par les représentants des syndicats et du patronat concernant les conditions de travail = arbitrage sur les relations au travail. = mise en place d’une République sociale : assurance chômage, assurance-maladie étendue

Mais ces mesures sont sans effet car le patronat ne les soutient pas et le contexte économique peu favorable. Le SPD perd le pouvoir en 1920 et va rester dans l’opposition…

- KPD (Kommunistische Partei Deutschlands), aligné sur l’URSS est un opposant au SPD. L’ agitation ouvrière du début des années 20 est réprimée violemment. La division est de plus en plus importante entre le SPD et le KPD, tant sur l’idéologie que sur que la composition sociale.

Le SPD apparait comme un parti défenseur de la République de Weimar. Il rencontre un certain succès auprès des employés et des fonctionnaires. Il s’éloigne de plus en plus de l’idéologie révolutionnaire.

C- L’échec et l’anéantissement

Facteurs : crise de 1929 (6 M de chômeurs en 1932, capitaux étrangers n’affluent plus en All) ; milieux conservateurs qui se rapprochent des partis nationalistes ; division des partis de gauche

Election de 1933 : parti nazi majoritaire

27/02 : incendie du Reichstag

28/02 : liberté d’opinion suspendue ; arrestation des communistes

C’est le SPD qui devient le principal défenseur du régime républicain. Doc. 5 p.135 : Comment s’exprime l’opposition d’Otto Wels au nazisme ?

23 mars : vote de la loi des pleins pouvoirs à Hitler. Otto Wels défend les libertés démocratiques, entend résister aux persécutions du pouvoir nazi (enfermement des opposants dans les camps : ouverture du camp de Dachau le 21/03).

= Hitler obtient les pleins pouvoirs

Juillet : parti nazi = seul parti légal ; SPD interdit. 1933-45 : Cadres et militants emprisonnés, exécutés, en exil, ou dans la résistance.

Le parti nazi remporte un certain succès auprès des ouvriers allemands car il sait mettre en valeur le travail et le travailleur comme force pour l’Allemagne. Mais, s’il n’y a pas de mouvement social en Allemagne jusqu’en 1945, c’est d’abord parce que les anciens syndicats sont démantelés et que l’Etat embrigade les ouvriers dans un syndicat unique nazi.

 

III – La division géopolitique du socialisme allemand après 1945

Contexte 45-49 : Allemagne occupée, dénazifiée, partagée ; début de guerre froide = création de la RFA/RDA, ville de Berlin divisée (1947-9).

A – Le consensus et l’accès au pouvoir en RFA

- Consensus permet la reconstruction rapide en Allemagne de l’Ouest. Le SPD est une force politique mais demeure dans l’opposition jusqu’en 1969.

Aide des Alliés ; haine du communisme, le parti communiste est déclaré inconstitutionnel de 1956 à 1968. Il y a une véritable haine du communisme en All de l’Ouest. L’Extrême-gauche allemande s’exprime par la violence dans les années 70 : ex Fraction Armée rouge (Bande à Baader après 1968).

La Confédération allemande des syndicats (DGB) est recréée en 1949. Mais les réformes sociales sont portées par les démocrates-chrétiens qui installent l’économie sociale de marché. Consensus social est trouvé, des mesures sont prises en faveur des retraites, des salaires et sur la gouvernance dans l’entreprise. La loi de cogestion de 1951 installe la participation active des salariés dans la gestion des grandes entreprises (représentants des actionnaires et des ouvriers dans un Conseil de surveillance de l’entreprise.

C’est le « Miracle économique allemand », les grèves sont rares, les syndicats affaiblis et le SPD est en situation d’échec électoral. = celui-ci décide d’évoluer politiquement = Congrès de Bad Godesberg 1959.

Document 5 page 145 : En quoi ce Congrès est-il un tournant pour le socialisme allemand ?

Le SPD rompt avec le Marxisme : il rompt avec la lutte des classes, reconnait l’économie de marché, oublie la direction de l’économie par l’Etat (nationalisations). Le SPD se rapproche des classes moyennes et des fonctionnaires. Il entérine une évolution qui était apparue dans l’entre-deux-guerres. Ainsi, en …

…1969, le SPD accède au pouvoir avec le chancelier Willy Brandt en 1969 (puis H. Schmidt, jusqu’en 82) = avancées sociales (réduction du temps de travail : 35h dans les années 80 dans certaines branches ; salaires élevés, généralisation de la cogestion à toutes les entreprises…).

De retour au pouvoir les chrétiens démocrates (la CDU) poursuivent cette politique.

B – Le Socialisme réel en Allemagne de l’Est

- Un parti unique le SED (Sozialistische Einheitspartei = parti socialiste unitaire) en 1946 qui contrôle l’activité économique et encadre totalement la société (police politique la Stasi). Le SED est un parti de cadres, de fonctionnaires du régime qui profitent des vagues de collectivisations et de nationalisations pour acquérir un emploi d’Etat valorisé. Les ouvriers s’éloignent du régime car celui-ci n’attend d’eux que de l’obéissance.

Doc. 1 page 142

Quelles sont les principales demandes des manifestants ?

- Echec de la politique du SED : révolte en 1953 pour la liberté politique et l’amélioration des conditions de travail et d’existence ; Allemands quittent massivement la RDA à Berlin (= construction du Mur en 1961). En même temps le régime s’assouplit, développe une politique culturelle populaire.

Dans les années 70, avec Honecker, la RDA se rapproche de l’Ouest (Ostpolitik de W. Brandt), mais la politique économique n’évolue pas, les inégalités croissent.

- La RDA s’enfonce dans la crise sociale et politique dans les années 80 = l’évolution en URSS (avec Gorbatchev) n’a pas de conséquence en RDA, l’agitation monte en 1989, elle provoque l’écroulement du Mur en nov 1989 et la chute du régime.

C – Le socialisme allemand face aux défis du XXIe s.

1990 : réunification allemande = disparition du SED qui devient un petit parti le PDS

La situation économique allemande se dégrade entre 1995 et 2005 : crise économique mondiale, coût de la réunification, croissance faible, chômage supérieur à 10%.

1998 : retour au pouvoir des sociaux-démocrates avec Gerhard Schröder : évolution idéologique du SPD pour faire face à la crise = agenda 2010 : Mesures qui bouleversent le marché du travail

Doc. 1 et 2 p. 146 : Comment le SPD répond-il aux enjeux éco du XXI es. ? Par des mesures qui concernent le marché du travail (réformes Hartz) et les assurances sociales. L’indemnisation du chômage baisse, la flexibilité du temps de travail est installée, de nouveaux contrats de travail et conditions de salaire sont installés. Les mesures sont contraignantes pour les demandeurs d’emplois et les salariés qui ne les acceptent pas.

= manifestations importantes, fondation à gauche du SPD de Die Linke en 2007 (avec des dissidents du SPD et communistes du PDS).

2008 : retour de la CDU au pouvoir qui approuve l’agenda 2010. La croissance économique revient, le chômage baisse (4% en 2016), mais de nombreux salariés sont pauvres et touchent des aides de l’Etat. Les inégalités sociales et géographiques augmentent incitant le gouvernement allemand à instaurer un salaire minimum.

 

Conclusion

Evolution commune des partis socialistes et socio-démocrates européens : renoncement au marxisme et acceptation du cadre économique libéral et de la mondialisation dans la deuxième moitié du XXe s.

Evolution plus lente en France (programme très anti-capitaliste de la gauche en 1981) : acceptation de l’économie libérale dans les années 1990). Mais maintien d’une gauche anti-libérale active même au sein des gouvernements au pouvoir.

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