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L'Afrique, les défis du développement (v. 2017)

24 Février 2017 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques Publié dans #Term. ES 2015

30 M km2 (3x l’Europe) pour 1.25 MM hab. en 2017.

54 Etats pour la majorité récents, défaillants, le continent est marqué par le mal-développement mais s’ouvre à la mondialisation économique.

En quoi le développement est-il un défi majeur pour l’Afrique ? Et quelle peut-être sa place dans la mondialisation ?

I – Un continent en situation de mal-développement

Cartes p. 284-285

A – La croissance démographique et ses enjeux

- Un continent peu peuplé en pleine transition démographique. La densité de la population à l’échelle du continent est faible, les conditions du milieu naturel et l’héritage historique ont concentré celle-ci dans quelques grands foyers : les littoraux, notamment méditerranéen et du golfe de Guinée, les vallées des grands fleuves (le Nil), les montagnes (Monts d’Ethiopie et des Grands Lacs), la région du Sahel. Le TAN est élevé, 2.5% (source ined), la fécondité à 4.5 enfants /femme. La population est jeune, plus de la moitié a moins de 25 ans… Mais les différences sont importantes entre les Etats. L’Afrique du N et l’Afrique australe sont en fin de transition démographique ; l’Afrique intertropicale conserve une fécondité élevée avec 6 ou 7 enfants par femme. L’évolution démographique est incertaine : peut-être 2 MM d’Africains en 2050 ?

- L’augmentation de la population pose de nombreux problèmes sociaux, notamment celui de l’accès à l’école, clé du développement économique et humain. Le système éducatif est peu performant. Le niveau de scolarisation reste faible : 70% primaire et 20% dans le secondaire en Afrique subsaharienne et les inégalités garçon/fille y demeurent importantes. L’enjeu est majeur pour l’enseignement supérieur. 1 étudiant africain sur 20 est formé à l’étranger et de nombreux migrent car les offres d’emplois pour les jeunes diplômés sont insuffisantes.

- Un continent en voie d’urbanisation rapide, la population urbaine a été multipliée par 15 depuis 1950. Le taux d’urbanisation du continent est d’environ 40%, c’est le plus faible du monde, le nombre des citadins ne peut qu’augmenter au XXIe s. La majorité des Africains vivent dans des villes de taille moyenne, mais le continent possède quelques mégapoles : Le Caire (18M), Lagos (13M), Kinshasa, Johannesburg-Gauteng, Dar-Es Salam, Khartoum… Les villes sont confrontées à défis importants : sociaux (plus de la moitié de la population vit dans des bidonvilles) et d’aménagements (infrastructures et équipements, services etc…).

B - Un continent marqué par la pauvreté et le mal développement

Carte 1 p. 287 et carte page 285

- Dans tout le continent le PIB/hab est faible : < ou égal à 7500$/hab. au Nord et en Afrique australe ; < à 2500 $/hab. en Afrique intertropicale. Mais il a renoué avec la croissance économique au début des années 2000, avec des taux souvent supérieurs à 5%/an. L’agriculture et l’industrie extractive (minerais, hydrocarbures) représentent presque la moitié du PIB du continent. Ces deux secteurs pourvoient une grand part de l’emploi. Les activités du secteur informel (illégal, non encadré par l’Etat) en absorbent également. La croissance économique récente provient du boom de quelques secteurs : industrie extractive, bâtiment, télécommunications, services, etc … Elle n’est plus le fait des secteurs voués à l’exportation, la croissance est ainsi portée par un marché intérieur africain en plein essor.

- Pays parmi les moins développés de la planète. Le niveau de développement moyen de l’Afrique sub-saharienne est à peine supérieur à 0.5, une trentaine de pays font partie des Pays les Moins Avancés (PMA). Le niveau de développement est moyen au Nord, au Sud du continent (> 0.6), l’IDH est faible partout ailleurs (<0.5). Le taux d’extrême pauvreté (-1.25$/j) est d’environ 40% de la population. L’accès aux soins est inégal et insuffisant et l’espérance de vie est inférieure à 60 ans en Afrique intertropicale. Partout les inégalités de développement hommes/femmes sont importantes.

- Une pauvreté qui provoque une émigration importante à l’intérieur du continent, ou vers l’Europe, l’Amérique du N et le Moyen Orient = 30-35 M de personnes selon la Banque mondiale. L’émigration concerne surtout les Marocains, Algériens, Egyptiens, les Somaliens, les Soudanais, les Burkinabés et les Nigérians … Certains pays d’Afrique accueillent de nombreux migrants, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire entre autres … Les transferts d’argent des émigrants représentent une part importante de certains Etats (Maroc, Egypte, Sénégal…).

C- Un continent frappé par des crises

- Des crises sanitaires graves qui touchent les populations les plus fragiles. Les maladies parasitaires, infectieuses, notamment liées à l’eau insalubre représentent une menace forte. Ainsi le paludisme a touché 160M de personnes et causé la mort de 500 000 Africains. Les maladies transmissibles sont en net recul, notamment le sida. Mais 25 M d’Africains sont porteurs du virus (70% du total mondial), d’abord des femmes et le sida provoque la mort d’environ 1 M de personnes. Les crises sanitaires sont aggravées par la défaillance des Etats, incapables de secourir leurs populations, et la situation alimentaire de nombreuses populations. Les enfants, les femmes et les personnes âgées sont les plus vulnérables.

- Des crises alimentaires. 30% des Africains sont sous alimentés, surtout en Afrique intertropicale. L’agriculture africaine est à deux vitesses : une agriculture intensive destinée à l’exportation (fruits, légumes, fleurs, huile de palme, café, caco…) et une agriculture vivrière peu productive. Cette dernière parvient difficilement à répondre aux besoins d’une population en augmentation rapide, d’autant plus que la pression sur les ressources (terre, eau) est forte et que les Etats soutiennent financièrement peu leurs agriculteurs. Les sécheresses et les guerres sont aussi à l’origine des crises alimentaires, et parfois de famines lorsqu’ aucune aide ne peut parvenir aux populations.

- La crise écologique et environnementale. D’abord l’eau douce et l’eau potable. L’Afrique du Sud et les Etats du Nord et de la Corne de l’Afrique sont en situation de stress ou de pénurie hydriques. En Afrique intertropicale, à peine plus d’un habitant sur deux a accès de l’eau potable. En outre, la pression démographique dans les zones naturelles fragiles accroit leur vulnérabilité à la désertification (dégradation des terres). C’est particulièrement le cas dans les zones sèches ou semi-arides des tropiques (Sahel) ou méditerranéenne. Cette vulnérabilité s’accroit avec les incertitudes liées aux changements climatiques, surtout concernant les précipitations.

 

- Les crises politiques et les guerres civiles sont nombreuses depuis les indépendances. Elles auraient fait plus de 10 M de morts et plusieurs millions de réfugiés. Les mobiles en sont la guerre froide, la possession des richesses et du pouvoir, les tensions inter-ethniques sur fond de pauvreté. Dans la zone saharienne et sahélienne se côtoient conflits sécessionnistes ou indépendantistes (Sahraouis, Touaregs, Erythréens) et conflits politico-religieux (Mali, Nigeria, Libye, Somalie). Des massacres de masse ont été perpétrés au Darfour (Soudan), au Rwanda et en RDC.

 

II – Un continent doté d’atouts, mais inégalement intégré dans la mondialisation

A – Un continent doté de ressources abondantes

- Carte p. 290. L’extraction des hydrocarbures, des minerais et des métaux connait un boom important. Les hydrocarbures (Maghreb, Tchad-Soudan, Golfe de Guinée et en Egypte) ; les minerais, les métaux (or) et pierres précieuses (diamants) surtout en Afrique australe, dans le Bassin du Congo et en Afrique occidentale. L’extraction est le fait d’une population nombreuse dans des mines artisanales souvent liées à des réseaux criminels (or, diamants, terres rares) ou à des entreprises multinationales liées aux Etats défaillants qui redistribuent mal la rente obtenue. L’extraction des ressources du sous-sol peut représenter une part importante du PIB de la Libye, du Gabon, de l’Angola, de la Mauritanie ou du Tchad… L’extraction est associée à l’idée de « malédiction des ressources naturelles » car elle s’accompagne d’effets pervers : corruption, conflits civils, dégradation du milieu naturel.

- Terres disponibles et diversité climatique permettent l’extension de la production agricole. L’Afrique offre la plus grande réserve de terres arables dans le monde. Mais les grands projets agricoles sont souvent d’origine étrangère et répondent à une logique libérale qui n’a pas forcément pour objectif de nourrir les hommes. Les transactions de terres agricoles sont nombreuses en Ethiopie, en Tanzanie, au Mozambique ou dans les pays du Golfe de Guinée. Les Investisseurs sont européens, nord-américains, arabes, indiens ou chinois … Ces investissements donnent lieu à des critiques importantes de la part des ONG et des populations locales. Ces types d’investissements pourraient ne pas profiter aux agriculteurs locaux et menacer la sécurité alimentaire des pays africains.

- Des milieux naturels riches (végétation, faune), …. en danger ? 15% du continent est protégé, notamment en Tanzanie, Zambie, RDC, Botswana, Namibie avec les grands parcs. L’exploitation forestière progresse à cause de l’augmentation de la consommation de bois combustible, des surfaces mises en culture et de la demande mondiale de bois pour l’industrie et la construction. La pression sur la forêt du Bassin du Congo s’accroit rapidement et représente un enjeu global ; l’augmentation des surfaces forestières protégées n’est pas une solution viable si les populations locales n’ont pas les moyens d’accroitre leur production agricole sans avoir recours aux défrichements et n’ont pas accès à d’autres sources d’énergie.

B – Un continent très convoité

Doc. p. 292, 1 p. 293 : doc 3 p. 293

- Le montant des exportations a considérablement augmenté depuis le début des années 90, le montant des IDE également, jusqu’à la crise de 2008… Mais l'Afrique ne représente que 3% du commerce mondial.

- Surtout des investissements dans l’extraction des minerais et des hydrocarbures, dans les infrastructures, et l’achat de terres agricoles. Ces investissements permettent le désenclavement du continent (routes, chemin de fer, téléphonie mobile) et obligent les Etats à établir des partenariats. La moitié des investissements provient de l’extérieur du continent. De grands projets d’infrastructures sont en œuvre, « l’Afrique est un continent en chantier » (Atlas de l’Afrique, Autrement, 2016). Les secteurs financés sont surtout les transports, l’énergie, l’eau et l’assainissement. Ceux qui ont concerné la téléphonie mobile sont spectaculaires, 700 millions d’Africains utilisent un ou plusieurs téléphones.

- Les anciens partenariats… Toujours la présence des intérêts européens et américains… Ces deux pôles sont les principaux partenaires commerciaux de nombreux pays d’Afrique du N, d’Afrique d’Australe ou du Golfe de Guinée pour les minerais et les hydrocarbures. Ils sont aussi les pourvoyeurs de l’Aide au développement… L’influence politique des Etats occidentaux demeure forte dans le continent malgré l’arrivée de nouveaux partenaires.

- … et nouveaux partenariats : les pays du Sud sont devenus des acteurs essentiels du développement économique de l’Afrique. La Chine est le deuxième partenaire commercial du continent après l’UE, l’Inde rattrape les E-U, le Brésil et les Etats du Moyen-Orient (Turquie surtout) accroissent leurs liens diplomatiques et leurs investissements dans le continent. Les investissements de ces partenaires concernent surtout les infrastructures … en échange des matières premières.

Doc. 2 p. 293 : quelles sont les manifestations de la présence chinoise ?

La "Chinafrique" se manifeste par des investissements massifs dans les infrastructures en échange du droit d'exploiter les ressources minières, forestières et en hydrocarbures. Une importante émigration chinoise (1M de personnes ?) accompagne ces investissements, elle domine le milieu des petits commerces. Les liens de la Chine avec l’Afrique sont anciens, Mao manifestait un grand intérêt pour le continent. Aujourd’hui les investissements chinois concernent les Etats les mieux dotés en matières premières : Algérie, Soudan, Nigéria, Angola, Zambie, Zimbabwe, Afrique du Sud…

Globalement ces partenariats profitent peu aux populations locales, la distribution des fruits de la croissance demeure très inégalitaire. Les inégalités s’accroissent, le nombre de millionnaires s’est fortement accru mais l’évasion fiscale est considérable. Ces inégalités sont parmi les plus fortes de la planète et constituent un frein au développement. Cependant une classe moyenne émerge, représente 10-15% de la population et soutient la croissance.

 

C- Une intégration inégale dans la mondialisation

- Les faiblesses du continent rendent compliquée son insertion dans la mondialisation. D’abord sa faiblesse énergétique, le continent est sous-électrifié (1/3 Africains ont accès à l’électricité), et a peu accès aux hydrocarbures qu’il possède. Puis, les infrastructures de transport sont largement insuffisantes, notamment les corridors N-S et E-O qui permettraient d’accroitre les échanges commerciaux et les partenariats entre Etats. Enfin, des organisations économiques en Afrique existent mais sont minées par les rivalités. Les défis dans les domaines de l’énergie et du transport pourraient toutefois réactiver les coopérations régionales.

L’intégration du continent dans la mondialisation est donc inégale. Croquis de synthèse.

Carte page 291 :

- Afrique du Nord est mieux intégrée, grâce au tourisme (Maroc, Tunisie, Egypte), aux hydrocarbures et à quelques investissements industriels. Région anciennement ouverte sur l’Europe et le rapprochement est tenté avec processus de Barcelone et le partenariat Euro-Méditerranée. Mais l’instabilité politique née après les « Printemps arabe » de 2010-1, et le développement des réseaux criminels fragilisent cette intégration.

- Afrique intertropicale en retard de développement, peu intégrée, sauf les Etats dotés de ressources (quelques Etats du Golfe de Guinée, d’Afrique australe), les Etats touristiques (Kenya, Tanzanie). C’est l’Afrique des crises, des Etats défaillants, qui est maintenant fragilisée par le développement des réseaux de trafiquants et criminels internationaux (Cf cas du Nigéria). Ce constat est aggravé par l’enclavement de certains Etats.

Cartes p. 296, 297

- Afrique du Sud, principale économie du continent liée aux ressources minières (or diamants), à la finance et aux services. Un Etat émergent, membre des BRICS, mais son rôle international est limité, surtout dans le continent africain (25% du PIB de l’Afrique subsaharienne, poids des FMN, rôle au sein de l’Union Africaine et de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe). Son insertion dans la mondialisation est récente (après la fin de l’apartheid), reconnue par de grands évènements (sommet de la Terre en 2002, coupe du monde de 2010). Une population de 53 M d’habitants, majoritairement noire (80%), aux inégalités sociales très marquées (chômage élevé des Noirs) malgré l’émergence d’une classe moyenne noire.

Une région centrale : le Gauteng , une région centrale (1/4 du PIB), dont les atouts sont les ressources minières et les activités métropolitaines : Pretoria, Johannesburg.

 

CCL : l’Afrique est un continent en pleine mutation, les progrès sont importants, mais il demeure très fragile. Les défaillances des Etats sont nombreuses et fragilisent les tentatives de coopérations et affaiblissent la position des Etats africains face aux partenaires étrangers qui sont avant tout intéressés par leurs ressources.

 

Voc : La notion d’État défaillant, État failli, est proposée par le Fund for Peace qui a construit un indicateur pour tenter de caractériser un État qui ne parviendrait pas à assumer ses fonctions essentielles, subvenir aux besoins et protéger sa population, contrôler son territoire...

PS : M = million ; MM = milliard

 

 

L'Afrique, les défis du développement (v. 2017)

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