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Le Proche et le Moyen Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première guerre mondiale

7 Février 2016 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques Publié dans #Term. ES 2015

Depuis la fin de l’Empire ottoman en 1918, le Proche et le Moyen Orient constituent un foyer de tensions et de conflits, dont les répercussions se font sentir dans le monde entier. Cette zone est au cœur des enjeux géopolitiques actuels.

Quels sont les facteurs et les types de conflits dans cette région du monde ? Pourquoi ont-ils une telle résonnance dans le monde ?

 

I – Une mosaïque de peuples, de cultures et des Etats récents.

Carte p. 282-283

A – Une mosaïque de peuples

Diversité des peuples peut être mise en évidence par les groupes ethnolinguistiques.

  • Population arabe domine en Egypte, dans la péninsule arabique, en Jordanie, Syrie et Irak.
  • Population kurde partagée entre l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie : 30-40 millions de personnes...
  • Population du groupe perse en Iran, Afghanistan, Pakistan
  • Population turque en Turquie, Caucase, Iran, Asie centrale.
  • Population juive en Israël (environ 6M de personnes /14 M Juifs dans le monde).
  • Population arménienne qui a subi un génocide en 1915 dans l’empire ottoman. Diaspora importante à travers le monde aujourd’hui.

B – Le berceau des trois grandes religions monothéistes

Les trois ne forment pas des ensembles unis et homogènes.

  • L’islam est majoritaire et est divisé en plusieurs familles spirituelles.

L’islam sunnite est majoritaire parmi les populations arabe, kurde et turque, parmi les populations d’Afghanistan et Pakistan.

L’islam chiite est majoritaire en Iran et Irak, Azerbaïdjan, Bahreïn et est très présent en Syrie (Alaouites), Liban, Koweït, Yémen … Des minorités chiites sont présentes presque partout (env. 10-15% de la pop dans les pays de la Péninsule arabique. Ces dernières communautés sont souvent marginalisées et sont les victimes de la rivalité entre Arabie Saoudite et Iran.

  • Les Chrétiens sont minoritaires partout. Ils forment des communautés de traditions différentes. Ils sont présents en Egypte (Coptes : 7- 8M de personnes), Syrie, Liban, Irak … Des communautés menacées en Egypte et en Irak aujourd’hui.
  • Des communautés juives ont toujours été présentes au Moyen Orient. Leurs effectifs ont diminué avec la création de l’Etat d’Israël en 1948. Cet Etat est majoritairement juif.

C – L’apparition des Etats au Moyen Orient au XXe s.

Carte p. 285

  • Contexte historique. Disparition de l’Empire ottoman allié de l’Allemagne. Traité de Sèvres (1920) construit la nouvelle carte politique du Moyen orient : nouveaux Etats placés sous mandat français (Syrie, Liban) et anglais (Palestine et Transjordanie, Irak). L’Arabie saoudite, la Turquie et la Perse (Iran) sont des Etats indépendants. Les autres territoires sont des protectorats ou possessions anglais. L’ingérence étrangère est importante au Moyen Orient. Les lieux saints de l’islam sont attribués à l’Arabie saoudite indépendante.

Dossier page 286-287 : Q1, Q3.

1. Les droits d’un pouvoir souverain : police, administration, utilisation des infrastructures, choix des langues, détermination des frontières … de prélever les ressources des territoires (pétrole)

3. Des tensions contre la France et le R-U (présence militaire, pillage économique), tensions inter-ethniques dans des pays aux frontières contestées.

  • Les frontières de ces Etats sont tracées suivant les besoins des Occidentaux au mépris de leur cohérence = de nombreuses minorités ethnolinguistiques et religieuses. Lors de l’indépendance de ces territoires au milieu du XXe s. les frontières ne sont pas remises en causes. Les Kurdes ne possèdent pas d’Etat…

Doc. 3 p. 285 : déclaration de Balfour (1917) … et les Anglais ont encouragé les juifs à la création d’un foyer national juif : le sionisme. L’immigration juive s’intensifie en Palestine. La Palestine accède à l’indépendance en 1948 sans que le partage entre Palestiniens et Juifs prévu par l’ONU soit effectué.

  • Un seul Etat moderne : la Turquie

Doc. 4. p. 285 : 1) Une République (laïque), une démocratie libérale. 2) la liberté, l’égalité face à la loi, le droit d’élire des députés, les droits fondamentaux : liberté d’expression, de conscience, de circulation, d’association …

Les mandats disparaissent après la 2e Guerre mondiale, les Etats indépendants conservent leurs frontières, 7 Etats forment la Ligue arabe (l'Égypte, l'Arabie saoudite, l'Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie et le Yémen) ...

 

II – Après 1945, une évolution politique qui est facteur de tensions et de conflits

 

A – La création de l’Etat d’Israël facteurs de conflits dont la portée dépasse largement le Moyen-Orient

Guerres avec les Etats arabes ; conflits avec les Palestiniens

Une petite vidéo pour vous aider à comprendre : https://www.youtube.com/watch?v=4m10_kkbte0

- Dossier page 290-291. (Q 1, 3 et 4) La naissance de l’Etat d’Israël

1) Le départ des Britanniques ; un plan de partage de l’ONU non reconnu par les Etats de la Ligue arabe, la proclamation de l’indépendance de l’Etat d’Israël (14 mai 1948) et la déclaration de guerre des Etats arabes dès le lendemain.

3) Nouvelles frontières héritées de la situation militaire. Etat d’Israël s’agrandit en incorporant des terres palestiniennes ; la Cisjordanie – Jérusalem- est contrôlée par la Jordanie et la Bande de Gaza par l’Egypte. Nouvelles frontières de 1949 forment la ligne verte.

4) La Palestine a disparu, 750 000 Palestiniens migrent en dehors d’Israël = revendications politiques et territoriales de ces populations. De plus, les Palestiniens sont nombreux dans les Etats arabes voisins . Ils deviennent un facteur de déstabilisation de ces Etats.

- La guerre des Six-jours (1967), la 3e guerre israélo-arabes. Doc. P. 306

1) Supériorité écrasante de l’armée israélienne, soutenue par les E-U.

2) L’annexion des territoires égyptien (Sinaï), syrien (plateau du Golan) et jordanien (Cisjordanie et vieille ville de Jérusalem)

3) L’ONU condamne Israël et exige la restitution des territoires. La résolution 242 ne sera pas respectée (sauf Sinaï en 1979 avec Accords de Camp David –doc. 5 p. 289).

- Les Palestiniens depuis 1948. Dossier p. 296-7. Q, 2, 3 et 4.

2) Les Etats arabes ont encouragé la migration des Palestiniens, les ont accueillis dans des camps. Mais, avec les échecs successifs des Etats face à Israël, les réfugiés palestiniens ont représenté une menace pour leur stabilité politique : en Jordanie et au Liban. Les camps de Palestiniens sont attaqués (http://www.ina.fr/video/CAB8201653201) .

3) Par le terrorisme (OLP), par l’affrontement avec les forces israéliennes dans les territoires occupés (affrontements armés, intifada), par la migration et l’installation dans des pays étrangers.

4) Accords d’Oslo de 1993 : reconnaissance d’une autorité palestinienne, première étape vers l’Etat souverain. Des problèmes demeurent : la division des Palestiniens entre l’OLP (Fatah) et Hamas (qui ne reconnait pas Israël) ; interventions militaires israéliennes dans les territoires palestiniens (4x dans la bande de Gaza) ; partage des terres non effectué (question des colonies et du mur de sécurité entre Israéliens et Palestiniens) ; question de Jérusalem ; question du retour des réfugiés palestiniens dispersés dans les Etats voisins ; radicalisation des comportements y compris chez les Israéliens.

1993-2013 Israël/Palestine en images : https://www.youtube.com/watch?v=VZ88QTS83Dk

B – Des Etats fragiles pour de multiples raisons

Des guerres civiles éclatent à cause des questions identitaires, lesquelles impliquent souvent les Etats voisins :

  • Au Liban, déchiré entre chrétiens, musulmans (sunnites et chiites) et réfugiés palestiniens à partir de 1975. Israël et la Syrie s’immiscent dans la guerre civile.

Dans ce pays, le pouvoir est aujourd’hui partagé entre les différentes communautés : le président devait être maronite, le premier ministre sunnite, et le porte-parole du gouvernement chiite. Les sièges parlementaires sont répartis entre les chrétiens et les musulmans. Les maronites ont également reçu le contrôle de l'armée.

  • En Irak où la moitié sunnite (Saddam Hussein) détient le pouvoir contre l’autre moitié de la population chiite et la minorité kurde. 1980 : l’Irak est en guerre contre l’Iran chiite, les différences identitaires deviennent un catalyseur du conflit (doc. 2 p. 300-1)
  • En Syrie, le pouvoir est entre les mains d’Afez el Assad (un alaouite chiite). Les revendications populaires (majorité sunnite) sont réprimées. Le pouvoir en place est soutenu par l’Iran.

A partir années 70-80, les pouvoirs en place utilisent la religion pour renforcer leur autorité et lutter contre l’opposition. Les religieux influencent les décisions politiques et forment des partis politiques : les partis islamistes. Ainsi, l’islam politique se développe et encourage l’islamisation des sociétés.

Depuis, de nombreux Etats du Moyen orient appliquent plus ou moins strictement la Charia, la loi islamique. Parmi eux, l’Iran et l’Arabie saoudite sont des Etats islamiques, la Charia concerne presque tous les points du droit. En Arabie Saoudite, le wahhabisme, religion officielle, est né de la rencontre entre le mouvement religieux sunnite et la dynastie des Saoud dès le début du XXe s.

C – L’ingérence des grandes puissances

Carte p. 289 : Pendant la guerre froide, le Moyen Orient divisé entre les deux Blocs. La Ligue arabe est inefficace en raison de ses divisions internes.

Les Etats du Moyen orient sont fortement militarisés, ils obtiennent une aide financière et militaire des Grands.

Les Puissances sont un facteur de tensions et de déstabilisation : en Egypte (1956) où les troupes françaises et anglaises débarquent pour empêcher Nasser de faire ses réformes politiques et économiques ; en Afghanistan, à partir de 1979, où les troupes soviétiques interviennent pour soutenir le gouvernement de Kaboul.

A la fin de la guerre froide, la présence occidentale se poursuit. Les Etats-Unis s’installent dans la Péninsule arabique avec la première guerre du Golfe (1990-91), les interventions militaires occidentales se multiplient en Afghanistan, en Irak et plus récemment contre l’Etat islamique (Daesh). L’Iran et la Syrie subissent la pression diplomatique occidentale, souvent ponctuée de sanctions ou de menaces.

Aujourd’hui, le Moyen Orient est à nouveau un théâtre d’opposition entre Occidentaux (E-U et alliés) et Russes ou Chinois.

 

III – Aujourd’hui, des conflits aux enjeux multiples qui ont une résonnance mondiale.

A – Des convoitises pour les ressources

  • Le pétrole au cœur des conflits p. 298-299

1) Les principaux pays producteurs sont les pays de la péninsule arabique, l’Irak et l’Iran

2) Les richesses en hydrocarbure sont la propriété quasi exclusive des Occidentaux. Ils ont renversé tout gouvernement qui souhaitait nationaliser les compagnies pétrolières (Iran) ou ont attaqué le régime de Nasser en Egypte qui souhaitait nationaliser le canal de Suez (1956). Ils ont soutenu des régimes autoritaires qui défendaient leurs intérêts économiques (Iran).

4) Les grandes puissances sont intervenues en 1990 lorsque l’Irak a envahi le Koweït, les E-U et la France possèdent des bases militaires dans le Golfe persique pour sécuriser l’approvisionnement en pétrole. L’exploitation du pétrole irakien a encouragé l’intervention occidentale en 2003.

Les hydrocarbures sont une arme politique efficace. La montée ou la chute du prix du baril a des conséquences économiques, sociales et politiques sur les pays producteurs et consommateurs. Certains disent que la chute des cours de 2014-2015 serait provoquée par les E-U pour contraindre la Russie et l’Iran à accepter la position occidentale, d’autres que l’Arabie Saoudite veut affaiblir l’Iran, son principal rival …

En outre, les placements et investissements financiers des riches émirats pétroliers -Qatar, EAU- leur permettent d’avoir une position et une influence mondiales bien supérieures à leur poids démographique et économique.

Enfin la découverte récente de gisements, notamment gazier en Méditerranée orientale, vient compliquer la donne. La possession, l’exploitation et l’exportation de ces ressources (via les oléoducs) deviennent un enjeu pour les pays et les compagnies pétrolières -parfois étrangères.

  • L’eau, source de tensions : partage des nappes de Cisjordanie entre population israélienne et palestinienne, partage des eaux du Tigre et de l’Euphrate entre la Turquie, la Syrie et l’Irak. Son partage peut parfois être à l’origine de coopération : Israël-Jordanie pour les eaux du Jourdain.

 

B – Des rivalités et des jeux d’alliances qui menacent la paix dans cette région

La guerre froide et la lutte contre le terrorisme ont créé des alliances : Etats-Unis avec la Turquie, l’Arabie-Saoudite les EAU ou l’Egypte ; la Russie avec la Syrie etc … Aujourd’hui ces alliances sont remises en cause par le retour de l’Iran sur la scène et le développement de Daesh.

La rivalité sunnites / chiites qui est mise en scène par l’Iran et l’Arabie-Saoudite. Ces deux Etats se servent de la religion pour défendre leur position stratégique au Moyen-Orient. Cette rivalité est ravivée par la montée de Daesh et le rapprochement Occident-Iran (2015). Ainsi l’Iran soutient les Alaouites syriens de Bachar al Assad, le Hezbollah libanais ou la rébellion houthiste –chiite- du Yémen. En face, l’Arabie saoudite intervient dans la Péninsule arabique pour y maintenir son hégémonie (Bahreïn, Yémen)

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/01/08/qu-est-ce-qui-oppose-les-sunnites-et-les-chiites_4844042_3218.html

L’Arabie Saoudite est un acteur clé. Il est un allié traditionnel des E-U mais le rapprochement Occident – Iran le menace directement, aussi peut-on considérer que le soutient que ce pays apporte à Daesh est une réponse à l’émergence de l’Iran sur la scène du Moyen-Orient. La dynastie est en difficulté, des revendications apparaissent, la baisse du prix du baril de pétrole en 2014-2015 a engendré une crise économique.

L’autre acteur important est la Turquie, membre de l’OTAN et candidate à l’entrée dans l’UE. Mais le retour de l’Iran et l’importance accordée aux Kurdes par les Occidentaux ne servent pas ses intérêts. L’attitude de la Turquie de Erdogan –islamiste modéré- est donc ambigüe.

Finalement la guerre civile en Syrie et la lutte contre l’Etat islamique ont perturbé le jeu des alliances.

http://europe-liberte-securite-justice.org/2015/12/04/alliances-et-rivalites-au-moyen-orient-les-poupees-russes-de-kafka/ (cf caricature d’AP)

 

C – Le développement de l’islamisme radical dans un contexte de tensions politiques et sociales fortes.

  • Carte p. 295. Aspirations à la démocratie et aux réformes sociales des peuples arabes (= « printemps arabe » à partir de 2010) provoquent le renversement de certains régimes autoritaires au Maghreb et Moyen orient (Egypte). Le régime syrien de Bachar al Assad se maintient au pouvoir avec l’usage de la violence.
  • L’islamisme politique –qualifié de « modéré » en Occident - accède au pouvoir en Egypte (2012-3) et en Turquie (Erdogan depuis 2003).
  • Développement d’un islamisme plus radical profondément anti-occidental, anti-démocratique, il cherche une application stricte des textes sacrés. Il est souvent qualifié de salafiste, il prône parfois l’usage de la violence et se constitue en réseaux terroristes internationaux (Al-Qaïda, Daesh)…
  • Avec l’Etat islamique, Daesh, l’islamisme radical acquiert une influence mondiale. Il diffuse ses thèses via internet et les réseaux sociaux, il attire des combattants et adeptes d’Asie, d’Afrique et d’Europe occidentale. Par des attentats il est capable de terroriser les populations et de fragiliser les Etats. Ainsi en Europe, les attentats, l’afflux de réfugiés créent des tensions importantes : divisions politiques, xénophobie, islamophobie, fermeture des frontières, contrôles renforcés etc…

 

CCL : Les conflits au Moyen Orient témoignent donc d’enjeux multiples (culturels, politiques, économiques et sociaux). Comme ils impliquent de nombreux Etats du monde et ont une résonnance planétaire, leur résolution nécessite une approche globale…

Pour en savoir plus, un cours très complet : http://histoiregeographieapaulclaudel.blogspot.fr/2014/09/une-zone-de-conflits-le-proche-et-moyen.html

Origine de la carte illustrant cet article : http://lesanctuaireauxidees.blogspot.fr/2014/07/geopolitique-d-elarabie-saoudite-en.html

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