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L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale (v. 2015)

13 Septembre 2015 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques Publié dans #Term. ES 2015

 

Qu’est-ce que la mémoire ? C’est la faculté pour un individu, un groupe de conserver et de se remémorer des connaissances, des évènements, des faits. Ces derniers sont sélectionnés, la mémoire est donc un rapport subjectif au passé. La mémoire est individuelle ou collective (groupe, Etat). Elle permet d’unir les membres d’une collectivité, l’Etat peut donc avoir une politique mémorielle.

L’histoire est une écriture du passé qui se veut la plus objective possible. Elle travaille à partir d’une problématique, peut utiliser les mémoires comme sources, mais aura forcément un regard critique sur celles-ci. L’historien peut donc entrer en opposition avec les mémoires portées par les groupes.

- Comment les mémoires de la Seconde Guerre mondiale ont-elles évolué depuis 1945 ?

 

I - 1945 – début des années 1970 : l’élaboration des mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France.

Après 1945, il y a  un souci de collecte d’informations sur la guerre avec le Comité d’Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale (1951) ou de commémoration avec la commission du souvenir du Conseil représentatif des Institutions Juives de France.

Pourtant l'immédiat après-guerre n'a pas permis l'émergence de toutes les mémoires. Comment les historiens d’aujourd’hui peuvent-ils l’expliquer ?

 

A – Une période d’oubli et de réconciliation

C’est la nécessité de pacifier le pays, d’effacer les divisions issues de la période du régime de Vichy qui a déterminé la construction des premières mémoires :

Doc. 3 page 87. Q2. La loi d’amnistie est un outil de réconciliation. Elle vise à arrêter les poursuites, à suspendre les peines contre les collaborateurs au nom des valeurs prônées par les acteurs Résistance (la clémence), elle s’inscrit dans le projet  d’oubli des excès commis par le régime de Vichy et de la valorisation de l’héroïsme de la France libre et de la Résistance en France.

Doc. 2 p. 87. Est élaborée une mémoire officielle du régime de Vichy qui minimise la collaboration du régime avec les nazis. Pétain a préservé l’indépendance de la France, a protégé les populations des excès allemands, il a été le « bouclier » qui a donné de sa personne pour protéger la France (Pétain est gracié et termine sa vie en prison). Robert Aron associe l’action de Pétain à celle de De Gaulle et des Résistants…

C’est donc la mémoire de la résistance des Français qui est mise en valeur. Cette résistance héroïsée est utilisée pour rassembler le peuple français après 1945.

 

B- Un consensus : le mythe de la France résistante

Les historiens utiliseront le néologisme résistancialisme (H. Rousso, 1987) pour désigner le mythe selon lequel les Français auraient unanimement et naturellement résisté depuis le début de la Seconde Guerre mondiale.

Doc. 3 p. 86, 2p.90. Chaque parti politique s’attribue un rôle majeur dans la résistance, notamment le Parti communiste, entré activement dans la Résistance en 1942. Il s’impose comme le parti des « fusillés », celui qui a versé son sang, a subi la déportation. Le PC est le premier parti en France après la guerre. Communistes et  Gaullistes s’accordent, la IVe République (1946-58) commémore le déporté/résistant avec la loi de 1954 qui instaure la Journée Nationale du Souvenir des victimes et héros et de la déportation. Le film d’A. Resnais,  Nuit et brouillard (1955) sur le système des camps allemands, évoque surtout les déportés politiques.

Doc. 4 p 86. . Lors de son retour en politique (1958), De Gaulle utilise la mémoire de la Résistance à des fins politiques. Lors du transfert des cendres de Jean Moulin en 1964, il rappelle le rôle des Français à Londres, notamment de Jean Moulin,  pour unifier des mouvements de résistance souvent opposés politiquement. Le parallèle avec la vie politique en France au début de la Vème République est évident. De Gaulle veut dépasser les clivages politiques et rassembler tous les Français, comme cela a été fait après 1945. De Gaulle entretient cette mémoire : Lieux de mémoire (Mont valérien), cérémonies de commémoration (cendres de J. Moulin au Panthéon) ; Concours national de la Résistance en 1961.

Ces mémoires rencontrent, dans un second temps, d’autres mémoires…

 

C- Les autres mémoires  refoulées 

Doc. 5 p. 87 : celle des victimes des génocides (les Juifs et les Tsiganes), même si un monument au martyr juif inconnu est construit en 1954 (actuel Mémorial de la Shoah, p. 94)

Personne pour écouter prendre en charge les Juifs déportés revenus (env. 2500/80 000). Lesquels ont la plus grande difficulté à récupérer des biens, à trouver des coupables à leur déportation. En outre : sentiment de culpabilité d’être survivant, difficulté à exprimer par des mots ce qu’ils ont vécu, difficulté à se faire entendre car peu nombreux et n’entrent pas dans la mémoire qui est en train d’être forgée, celle du déporté résistant.

Mais aussi : celles des prisonniers de guerre (1 million de personnes) ; des anciens du STO (se nommant « déportés du travail » = 600 000) ; les mémoires locales, souvent opposées au discours « officiel ».

Dossier p. 88-89. Quelles questions le procès d’Oradour/Glane soulève-t-il ? Comment préserver l’unité nationale avec besoin de justice, de se souvenir, de commémorer quand une partie de la population –les Alsaciens- est mise en cause ? Condamnation des « malgré-nous » en 1953 et amnistie. Etat a fait un choix pour des raisons politique, économique.

 

II – De l’écriture de l’histoire du conflit au devoir de mémoire (années 70 à aujourd’hui)

Quelle place pour les historiens entre écriture de l’histoire, devoir de mémoire et utilisation politique du passé ?

 

A- La réécriture de l’histoire de la Résistance et du Régime vichy.

Les années 70 sont une période de doutes et de contestations de l’ordre politique et social d’après-guerre. C’est une période de retournement de la mémoire, avec la prise de conscience de la collaboration, de l’ampleur du martyr des juifs.

Doc. 1 p. 92 : un documentaire de Marcel Ophuls, le Chagrin et la Pitié, 1971, montre l’occupation comme une période de passivité ou de collaboration. Le travail des historiens montre l’ampleur de celle-ci.

Doc. 2 p. 93. D’abord, le travail de l’historien américain R. Paxton en 1973, qui démontre que le régime de Vichy était profondément conservateur, réactionnaire, collaborateur et antisémite … Cette vision de l’occupation est reprise par les historiens français (notamment H. Rousso) et est relayée dans l’enseignement à partir des années 1980.

Les années 1980-1990 sont une période de soupçons et de recherche de coupables = grands procès de Klaus Barbie (chef gestapo de Lyon), Paul Touvier (ami de F. Mitterrand, voir extrait video) et de Maurice Papon,. Les historiens participent aux procès. Les archives deviennent accessibles, de nouvelles questions sont soulevées, notamment celle portant sur les biens juifs confisqués.

https://www.youtube.com/watch?v=UIOjgp-trqI : F. Mitterrand défend la France contre la repentance

 

B-  Le devoir de mémoire du génocide des Juifs

Depuis les années 80, sous l’action des groupes et associations de mémoires (l’Association des fils et filles des déportés juifs de France de Serge Klarsfeld, p. 92), des productions cinématographiques (notamment Shoah de Claude Lanzmann), des procès médiatisés de collaborateurs, une mémoire propre au génocide juif se met en place. De nombreuses controverses apparaissent, le Président F. Mitterrand refuse de reconnaitre officiellement la responsabilité de l’Etat français

Mais le 16 juillet 1995, le Président J. Chirac reconnait officiellement le rôle de l’Etat français dans la déportation des Juifs (doc. 4 p. 93). Un devoir de mémoire s’impose, c’est-à-dire  transmettre des témoignages afin de ne pas oublier et lutter contre ceux qui nient, les négationnistes (p. 92). En 1990, la loi « mémorielle » Gayssot permet de condamner leurs propos.  L’Etat s’engage dans la construction de monuments, de mémoriaux (mémorial de la Shoah à Paris), l’organisation d’une journée de commémoration (27 janvier = date reconnue internationalement).

 

C- Diversification des mémoires et devoir de mémoire

Un devoir de mémoire est reconnu, c’est-à-dire transmettre les témoignages, célébrer pour ne pas oublier. L’Etat s’engage dans une véritable politique mémorielle par des monuments, des cérémonies etc... 

Diapo : Un devoir de mémoire de la Résistance est institué en France en 2013. Un jour de commémoration est institué, le 27 mai, l’Etat rend hommage à la Résistance et aux résistants. L’école y est associée, les cibles de ces commémorations sont les jeunes, à qui on veut rappeler l’engagement des jeunes résistants et transmettre leurs valeurs.

De nouvelles mémoires prennent place dans l’opinion publique, obtiennent reconnaissance, sont commémorées : celle des « malgré-nous », celle des Justes (5 p. 93), celle des Arméniens dans la Résistance, des tziganes, celle des « indigènes » se battant pour la libération de la France etc…  Certaines de ces mémoires sont parfois contradictoires !

 

 

CCL : une écriture plus sereine de l’histoire du conflit est-elle aujourd’hui possible ?

Oui celle-ci est possible, même si l’Etat peut utiliser le passé à des fins politiques et même légiférer en matière d’écriture de l’histoire (lois mémorielles). Cet engagement peut générer des tensions avec les historiens.  En outre, d’autres acteurs interviennent dans l’écriture de cette histoire : les romanciers, les journalistes, les producteurs de films… Enfin, comme toutes les mémoires s’expriment, des tensions peuvent apparaitre dans l’écriture de l’histoire…

1944, 71 enfants juifs cachés  à Izieu (Ain) sont déportés

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