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L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale (Term. S /ES)

20 Décembre 2014 , Rédigé par GUEDON Jean - Jacques Publié dans #Term. S

L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale

 

Lire texte page 38 A)

Qu’est-ce que la mémoire ? C’est la faculté pour un individu, un groupe de conserver et de se remémorer des connaissances, des évènements, des faits. Ces derniers sont sélectionnés, la mémoire est donc un rapport subjectif au passé. La mémoire est individuelle ou collective (groupe, Etat). Elle permet d’unir les membres d’une collectivité, l’Etat peut donc avoir une politique mémorielle.

L’histoire est une écriture du passé qui se veut la plus objective possible. Elle travaille à partir d’une problématique, peut utiliser les mémoires comme sources, mais aura forcément un regard critique sur celles-ci. L’historien peut donc entrer en opposition avec les mémoires portées par les groupes.

- Comment les mémoires de la Seconde Guerre mondiale ont-elles évolué depuis 1945 ?

 

 

I - 1945 – début des années 1970 : l’élaboration des mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France.

 

Les historiens sont quasiment absents dans la construction des mémoires après 1945.

Après 1945, en dépit des informations et renseignements accumulés sur le conflit, toutes les mémoires n’émergent pas de la même façon. Certaines s’imposent, d’autres sont refoulées.  Comment, aujourd’hui,  l'historien peut-il l’ expliquer  ?

 

- C’est la nécessité de pacifier le pays, d’effacer les divisions issues de la période du régime de Vichy qui a déterminé la construction des premières mémoires :

Doc. 2 page 25. Q2. La loi d’amnistie est un outil de réconciliation. Elle vise à arrêter les poursuites, à suspendre les peines contre les collaborateurs au nom des valeurs prônées par les acteurs Résistance» (la clémence), elle s’inscrit dans le projet  d’oubli des excès commis par le régime de Vichy et de la valorisation de l’héroïsme de la France libre et de la Résistance en France. En 1945, les Français sont divisés, les rancœurs persistent, le gouvernement veut unifier le pays.

Doc. 5 p. 25 Q3-4. L’historien participe au projet de pacification de la société, il construit une mémoire officielle du régime de Vichy qui minimise la collaboration du régime avec les nazis. Pétain aurait préservé l’indépendance de la France, protégé les populations des excès allemands. Pour Aron, il a été le « bouclier » qui a donné de sa personne pour protéger la France (Pétain est gracié et termine sa vie en prison). Robert Aron associe l’action de Pétain à celle de De Gaulle et des Résistants…

 

- C’est donc la mémoire de la résistance des Français qui est mise en valeur. Cette résistance héroïsée est utilisée pour rassembler le peuple français après 1945.

Les historiens utiliseront le néologisme résistancialisme (H. Rousso, 1987) pour désigner le mythe selon lequel les Français auraient unanimement et naturellement résisté depuis le début de la Seconde Guerre mondiale.

Doc. 3 p. 25 Q5. Chaque parti politique s’attribue un rôle majeur dans la résistance, notamment le Parti communiste, entré activement dans la Résistance en 1942. Il s’impose comme le parti des « fusillés », celui qui a versé son sang, a subi la déportation. Le PC est le premier parti en France après la guerre. La mémoire des Résistants communistes rencontre celle des Gaullistes …

Doc. 4 p. 25. Lors de son retour en politique (1958), De Gaulle utilise la mémoire de la Résistance à des fins politiques. Lors du transfert des cendres de Jean Moulin en 1964, il rappelle le rôle des Français à Londres, notamment de Jean Moulin,  pour unifier des mouvements de résistance souvent opposés politiquement. Le parallèle avec la vie politique en France au début de la Vème République est évident. De Gaulle veut dépasser les clivages politiques et rassembler tous les Français, comme cela a été fait après 1945. De Gaulle entretient cette mémoire : Lieux de mémoire (Mont valérien), cérémonies de commémoration (cendres de J. Moulin au Panthéon) ; Concours national de la Résistance en 1961.

 

- Ces mémoires rencontrent, dans un second temps, d’autres mémoires :   

Doc. 1 p. 22 : celle des victimes des génocides (les Juifs et les Tsiganes)

Mais : refoulement de cette mémoire. Personne pour écouter prendre en charge les Juifs déportés revenus (env. 2500/80 000). Lesquels ont la plus grande difficulté à récupérer des biens, à trouver des coupables à leur déportation (sauf le système nazi). En outre : sentiment de culpabilité d’être survivant, difficulté à exprimer par des mots ce qu’ils ont vécu, difficulté à se faire entendre car peu nombreux.

Ils n’entrent pas dans la mémoire qui est en train d’être forgée. Seuls les déportés politiques (les Résistants) semblent reconnus. Ainsi le film d’A. Resnais,  Nuit et brouillard(1955) sur le système concentrationnaire, évoque surtout les déportés politiques.

Mais aussi celles des prisonniers de guerre (1 million de personnes), des anciens du STO (se nommant « déportés du travail » = 600 000) ; celles des « Malgré-nous » alsaciens et lorrains…

 

 

II – De l’écriture de l’histoire au devoir de mémoire (années 70 à aujourd’hui)


Années 70 sont un tournant : nouvelle génération qui n’a pas connu la guerre, climat de contestations, mort du général de Gaulle en 1970.

 

- La réécriture de l’histoire de la Résistance et du Régime vichy.

Les années 70 sont une période de doutes et de contestations de l’ordre politique et social d’après-guerre. C’est une période de retournement de la mémoire, avec la prise de conscience de la collaboration.

Un documentaire de Marcel Ophuls, le Chagrin et la Pitié, 1971, montre l’occupation comme une période de passivité ou de collaboration. Le travail des historiens montre l’ampleur de celle-ci.

Doc. 6 p. 26. D’abord, le travail de l’historien américain R. Paxton en 1973, qui démontre que le régime de Vichy était profondément conservateur, réactionnaire, collaborateur et antisémite … Cette vision de l’occupation est reprise par les historiens français (notamment H. Rousso) et est relayée dans l’enseignement à partir des années 1980.

Les années 1980-1990 sont une période de soupçons et de recherche de coupables = grands procès de Klaus Barbie (chef gestapo de Lyon), Maurice Papon, Paul Touvier p. 21. Les historiens participent aux procès. Les archives deviennent accessibles, de nouvelles questions sont soulevées, notamment celle portant sur les biens juifs confisqués.

 

-  Le devoir de mémoire du génocide des Juifs

Depuis les années 70, sous l’action des groupes de mémoires, des productions cinématographiques (notamment Shoah de Claude Lanzmann), des procès médiatisés, une mémoire propre au génocide juif se met en place. En 1995, le Président J. Chirac reconnait officiellement le rôle de l’Etat français dans la déportation des Juifs (doc. 8 p. 26). Un devoir de mémoire s’impose, c’est-à-dire  transmettre des témoignages afin de ne pas oublier et lutter contre ceux qui nient, les négationnistes. En 1990, la loi « mémorielle » Gayssot permet de condamner leurs propos.  L’Etat s’engage dans la construction de monuments, de mémoriaux (mémorial de la Shoah à Paris), l’organisation d’une journée de commémoration (27 janvier).

 

- Certaines mémoires prennent place dans l’opinion publique et dans les discours d'acteurs politiques. Des groupes de mémoires peuvent influencer le processus de commémorations, l’Etat peut lui aussi s’engager dans une véritable politique mémorielle par des monuments, des cérémonies etc...

Doc. 9 et 10 p. 27 : Un devoir de mémoire de la Résistance est institué en France en 2013. Un jour de commémoration est institué, le 27 mai, l’Etat rend hommage à la Résistance et aux résistants. L’école y est associée, les cibles de ces commémorations sont les jeunes, à qui on veut rappeler l’engagement des jeunes résistants et transmettre leurs valeurs.

De nouvelles mémoires s’expriment et obtiennent la reconnaissance : celle des « malgré-nous » (p. 29), celle des Justes (p. 29), celle des « indigènes » ayant servi dans les forces françaises.

 

CCL : une écriture plus sereine de l’histoire du conflit est-elle aujourd’hui possible ?

Oui celle-ci est possible, même si l’Etat peut utiliser le passé à des fins politiques et même légiférer en matière d’écriture de l’histoire (lois mémorielles). Cet engagement peut générer des tensions avec les historiens (p. 39).  En outre, d’autres acteurs interviennent dans l’écriture de cette histoire : les romanciers, les journalistes, les producteurs de films… Enfin, comme toutes les mémoires s’expriment, des tensions peuvent apparaitre dans l’écriture de l’histoire…

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